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  • Passionné de fossiles, de musique, de livres, de photos, de sciences, d'aviation. Mais ce n'est dans un ordre, ni chronologique, ni de préférences. Allez y trouver une logique ! Moi-même, j'ai renoncé depuis belle lurette...

Les écarts de carchadorias

Pensée du jour

Argent gagné facilement

ARGENT GAGNE FACILEMENT

Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /2010 06:16





SCOOP !

En principe,  votre artisan blogueur ne montre que les photos qu'il a commises.

Mais nous ferons aujourd'hui exception vu les circonstances, en ayant une pensée émue pour une de nos fidèles lectrices, qui s'embarque pour la Corse.

Dans le ferry jaune (des Corsica-Sardinia Ferries) que vous apercevez en haut à droite.

JANVIER-2010-1116.JPG

Voilà, cela devait arriver : "notre" Violette de Nice est en partance.

Mentalement du moins...






Par carchadorias - Publié dans : ARGENT GAGNE FACILEMENT
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 07:37






Un autre essai sur ce monde béni dans lequel votre serviteur aura travaillé de longues années !

Toutes les références et les extraits de la note de service sont authentiques.

Le reste...





Bruxelles, lundi 14 janvier 2002, au matin.

 


NOTE DE SERVICE

   

La « qualité du contact téléphonique. »

 

Toujours emporté par cette impressionnante proactivité naturelle et permanente qui caractérisait tous les hauts cadres de notre compagnie d’assurances Argent Gagné Facilement Belgium, Jean le manager venait de se fendre d’une nouvelle note de service.
Cette dernière bafouille, adressée comme de coutume à tous les membres de son « Claims Center », portait cette fois sur un sujet d’apparence très louable et prometteuse, mais dont l’énoncé m’avait toutefois semblé annonciateur de futurs déboires professionnels.

La prose s’inscrivait résolument dans le prolongement de la précédente.

L’année passée avait été consacrée à déterminer et à mettre en œuvre la stratégie qui visait à « restaurer la rentabilité » dans les différents produits de notre gamme d’assurances.

Désormais, notre service participait activement à cet enjeu, par la « vigilance et l’initiative » dont faisaient preuve les gestionnaires - nous - lorsqu’ils prenaient en charge la gestion d’un dossier sinistre. 

Sic !

Mais comme toutes les entreprises de services, nous devions apporter un soin tout particulier à l’accueil de nos correspondants qui, souvent, étaient « en détresse » lorsqu’ils faisaient appel à nous…  

Tous les employés qui - pour leur plus grand bonheur - étaient restés sous les ordres de Jean le manager allaient dans cette optique être conviés à des séances de « training » consacrées à « l’usage optimal » des nouvelles « fonctionnalités » disponibles sur les postes téléphoniques flambant neufs dont nous venions tous d’être dotés.

Les gestionnaires diligents que nous étions étaient dorénavant invités à mener toutes et chacune de leurs conversations téléphoniques en prêtant une attention particulière à la qualité de l’accueil et du langage employé, aux formules qu’ils venaient à utiliser, à leur empathie…

Etc.  

De cette masturbation intellectuelle, il était vite ressorti pour moi que notre hiérarchie immédiate entendait tout à coup nous apprendre à répondre au téléphone !

Et la lecture de ce qui était décrit comme les « critères subjectifs dans l’évaluation de la qualité de la conversation » m’avait fait successivement voyager de simples petites surprises, somme toute bien prévisibles, en de véritables pointes d’angoisse à caractère métaphysique.

Se succédaient le « talent d’écoute », la « maîtrise de la conversation » ainsi que de la langue, la bonne connaissance des procédures et des clients « large accounts » autant que de la compagnie elle-même, la connaissance des autres départements, l’empathie et le service, l’accueil et la politesse, l’intonation de la voix et l’usage du nom du correspondant, le « problem detection » et le « problem solving », enfin le « suivi des guidelines ».

De même des critères d’« accuratesse »  et de « mono-action » allaient-ils désormais faire partie intégrante de notre paysage professionnel…   

-  « Y a-t-il quelqu’un parlant Français dans la salle ? » eût-on été tenté de hurler au terme de cette déroutante lecture, s’il nous avait toutefois subsisté la moindre envie de rire.

Nos dirigeants avaient bien songé à nous remettre très officiellement cette longue note de service, mais ils avaient manifestement négligé de nous la livrer avec son mode d’emploi, voire accompagnée de l'indispensable décodeur !

Les définitions qui s’y trouvaient me paraissaient plus alambiquées les unes que les autres, ourte qu’elles étaient dans la plupart des cas étrangement rédigées sous une forme interrogative.

Donnions-nous, par exemple, « l’impression d’une communication en mode face à face au téléphone ? » 

Ou pouvions-nous comprendre « ce que la personne qui appelle dit ou demande, en éliminant les contraintes de l’usage du téléphone » ?

Parfois même, la rédaction du texte me semblait-elle indiquer qu’il devait y avoir eu erreur sur la personne :

- « Avez-vous l’impression d’avoir été accueilli avec le sourire ? » 

Mais c’était la syntaxe de cette dernière phrase qui m’avait interpellé.

Elle m’avait donné la désagréable impression d’avoir été rédigée au beau milieu d’une quelconque réunion de managers.

Sa tournure me faisait même soupçonner qu’elle était issue en droite ligne d’un de ces nombreux « remue-méninges » dont ils avaient le secret.

Quant à cette francisation officiellement recommandée, je devais reconnaître préférer à titre purement personnel le terme anglophone de « brainstorming », qui me paraissait illustrer d’une manière combien plus adéquate les tempêtes qui semblaient sévir en permanence dans leurs cerveaux malades de cadres gorgés de suffisance. 

Sans doute au cours d’un de leurs derniers pow wow, comme c’était souvent l’usage, un animateur très volubile avait-il effectué un traditionnel tour de table ?

Et plus naturellement encore les réflexions n’avaient-elles pas manqué de fuser en tous sens, chacun mettant un point d’honneur à y aller de sa propre petite suggestion bien personnelle mais constructive !

On pouvait presque imaginer sans peine ce talentueux orateur s’appliquant à répercuter avec diligence, d’un feutre de couleur vive qui crissait de temps à autre sur le tableau de papier glacé, toutes les propositions qui lui étaient formulées, inscrivant même - surtout - les réflexions les plus saugrenues, non sans lancer à l’envi de temps à autre quelque encouragement, allant jusqu’à inviter son auditoire à « se lâcher » sans retenue dans cette grande fureur créative !

Et j’avais donc sous les yeux l’impressionnant résultat des cogitations fumeuses de nos managers.  

Faisions-nous constamment preuve, au téléphone, d’un véritable « talent commercial » ?  

J’avais quant à moi quelque mal à percevoir l’incidence pratique d’une telle exigence dans le cadre de notre tâche quotidienne de gestionnaire des sinistres en matière d’assurances.

Régler des dommages avec talent commercial !

Rien de plus antinomique : nous n’étions pas là pour vendre des contrats d’assurances mais pour appliquer leurs clauses, même si cela devait parfois entraîner l’insatisfaction du client.

Ce talent commercial pouvait-il vouloir dire que nous devions, pour ne citer que quelques exemples choisis parmi tant d’autres, être en mesure de répondre avec entrain : 

-   « Et une quittance de règlement pour la petite dame ! » 

Et de poursuivre sans désemparer :

-  « D’après mes calculs, y en a un peu plus : je vous la mets quand même ? »     
 
De mettre en œuvre nos facultés d’adaptation :

-   « Et pour Monsieur, qu’est-ce que ce sera ? Une autre quittance ? »

De finaliser avec force souplesse :

- « Vous la voulez avec quelle sauce ? Il me reste … euh, voyons… intérêts moratoires, pertes indirectes, ou… j’ai encore un peu de dommage moral. »

Et de conclure, toujours avec la conviction inébranlable :

-  « Dommage moral, celle-là ? Vous avez bien raison : fiscalement ce n’est jamais taxable. »

Enfin, de peser en emballant le tout dans l’enthousiasme :

-  « Ce sera tout pour Monsieur ? Ça marche ! »

Par ailleurs, dans cette autre matière délicate qu’était l’image de l’entreprise, la question avait-elle clairement été posée : au téléphone, « l’interlocuteur représente-t-il correctement la compagnie ? »

Pour le bien de mes prochains entretiens à distance, allais-je devoir me résoudre à remettre ces cravates que, passablement désabusé par le contexte général de mon travail, j’avais renoncé à porter quelques mois auparavant, mais dont quelques exemplaires « de réserve » - à n’utiliser qu’en cas d’urgence – devaient bien traîner quelque part, lamentablement froissées dans un tiroir de mon bureau ? 

Viendrais-je même à être contraint de raser cette courte barbe à-la-Clint-Eastwood qui faisait à l’époque partie intégrante de ma personne ?

Mais, finalement, semblait s’interroger notre manager, étions-nous vraiment attentifs à la notion de service : 

« L’interlocuteur offre-t-il une valeur ajoutée à côté de la réponse ? »

 Voilà qui m’apparaissait résolument neuf, sinon même radicalement novateur.

 Non seulement étions-nous depuis toujours supposés ne jamais répondre à côté de la question, mais en outre attendait-on dorénavant de nous, les gestionnaires, que nous ajoutassions spontanément des « à côté » à notre réponse !

Allait-on nous taxer pour ne pas avoir, dans notre dossier, une valeur ajoutée ?

N’était-il désormais plus amplement suffisant de ne pas avoir répondu complètement à côté de la plaque, voire de ne pas être d’une manière plus générale totalement à côté de nos pompes ?  

Sans oublier qu’il ne nous fallait d’aucune façon négliger d’afficher toute l’empathie nécessaire :

« L’opérateur se met-il à la place du client ? », avait encore écrit Jean le manager.

Mais nous, les gestionnaires, qui allions tous les jours au feu et qui étions installés aux premières loges, nous étions pourtant parfaitement à même de les comprendre, les clients ! 
Pas contents du tout, qu’ils étaient les clients, légitimement, de ne pas encore avoir reçu leurs sous, et qui l’étaient encore moins lorsque venaient ces moments inéluctables où l’on devait leur annoncer qu’ils ne les recevraient peut-être jamais !

Parce que le sinistre n’était pas couvert.
Ou parce que nous avions l’intention de contester la responsabilité de notre assuré.

Ou parce que nous avions déduit de leur indemnité une plantureuse franchise contractuelle.

Ou appliqué une vétusté.

Voire même les deux !

Ou parce que nous n’allions les indemniser qu’en « valeur vénale » et que, quand bien même étaient-ils sentimentalement attachés à la chose perdue, il n'en restait pas moins vrai que sa vente, fût-elle effectuée dans des conditions optimales, ne leur eût pas rapporté grand chose.  
Encore moins heureux qu’ils étaient les clients, parce que nous étions en retard dans les payements, et qu’ils ne recevaient dès lors l’argent qui leur était dû que parfois très tard, et en tout cas pas tout de suite, voire pas autant qu’ils avaient espéré…  

Jean le manager avait également défini le « problem detection ».

Désormais, la question était posée :

« L’opérateur a-t-il les connaissances nécessaires pour arriver à détecter le problème du client ? »

Personnellement, cette version m’avait quelque peu laissé sur ma faim, et je lui eusse de loin préféré une approche plus sensuelle, par exemple avec une voix suave d’hôtesse :

-  « Bonjour mon chou, je vois que tu as un gros problème. Je vais t’aider à le résoudre. »   

Mais c’était la longue définition du « problem solving » qui - à titre très personnel - m’avait rendu particulièrement songeur.

Elle se présentait à nouveau sous la forme d’une interrogation, mais encore plus alambiquée que les précédentes :

« L’opérateur a-t-il les connaissances nécessaires pour résoudre la question ou le problème, ou pour au moins transférer le client d’une façon professionnelle et adaptée à la situation afin de le faire aider correctement par un collègue ? »

Eût-elle été transposée dans le sketch archi connu de trois  humoristes français qui - malgré leur nom - ne l’étaient pas moins, que la réaction en eût été toute trouvée, par le biais d’une voix niaise de caissière caricaturale, blonde et bouclée, s’exclamant au beau milieu d’un jeu télévisé débilitant :

-  « Vous pouvez répéter la question ? »  

Ne négligions-nous pas en outre de soigner notre « étiquette téléphonique », qui devait se marquer dans l’usage de la voix, par l’intonation et l’articulation, à l’opposé d’une voix monocorde ?

Ainsi, s’il était apparemment de bon ton de débuter l’entretien par un sympathique et enjoué « Allo, Argent Gagné Facilement Belgium, goeiemorgen, bonjour ! », cette  formule étant elle-même obligatoirement suivie de votre prénom et votre nom.

Il était certes moins du goût des managers, et politiquement peu correct  de décrocher brutalement votre téléphone sur le ton agacé de : « Quoi encore ? ».

Mais au rythme et dans la direction vers laquelle  semblaient évoluer les choses, la question pouvait selon moi être sérieusement posée, de savoir dans quelle mesure la gestion idéale et ultime, telle qu’elle était ardemment souhaitée par la haute hiérarchie de notre entreprise, n’eût pas évolué dans un avenir plus ou moins proche vers une situation de travail plus structurée.

Le genre d'une voix artificielle mais suave.    

-   Bonjour ! Vous êtes bien en communication avec la compagnie d’assurances Argent Gagné Facilement Belgium.

-   Veuillez rester en ligne.

-   Tous nos gestionnaires sinistres sont mentalement absents pour l’instant. 

-   Si vous le désirez, vous pouvez laisser un message en parlant juste après le signal sonore.

-   Vous pouvez également poursuivre cet entretien avec notre nouveau système automatique de gestion directe en ligne : »

-   Si vous désirez obtenir une quittance de règlement, veuillez indiquer la référence de votre dossier, ainsi que la date de sinistre et appuyez sur la touche numéro 1.

-   Pour obtenir un chèque bancaire, appuyez sur la touche numéro 2. 

-   Pour obtenir un virement bancaire, appuyez sur la touche numéro 3. 

-   Pour obtenir des indemnités, appuyez sur la touche numéro 4. 

-   Pour obtenir un remboursement, appuyez sur la touche numéro 5. 

-   Pour obtenir de l’argent, appuyez sur la touche numéro 6. 

-   Pour obtenir du pognon, appuyez sur la touche numéro 7. »

-   Pour obtenir des sous, appuyez sur la touche numéro 8. »

Voire même, moyennant quelques menus aménagements techniques : 

Si vous souhaitez enguirlander un gestionnaire, appuyez sur n’importe quelle autre touche. »

Peut-être même, avec le temps et les inévitables avancées technologiques, un tel service à la clientèle eût-il pu se sophistiquer davantage, en conservant néanmoins la chaleur humaine intrinsèque à toute communication téléphonique :

 Si vous désirez vous plaindre en haut lieu d’un gestionnaire en particulier, prononcez distinctement son nom après le signal sonore, suivi de son prénom, puis appuyez sur l’étoile ou sur le carré. 
-   Vous serez mis automatiquement en communication avec son supérieur hiérarchique. 
-  
Nous vous rappelons que nous avons mis à votre disposition une ligne directe et gratuite dont le numéro est le suivant : ...
-   Un membre de notre Direction se tient en permanence à votre disposition pour les réclamations à l'encontre de notre personnel.

Mais restons courtois en toutes circonstances.
-   Nous vous remercions pour votre appel !



(à suivre)

Publié sous toutes réserves de modifications ultérieures.



Par carchadorias - Publié dans : ARGENT GAGNE FACILEMENT - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 07:23




Mais de vous à moi, je n'en avais franchement rien à cirer !

Toutefois, les retours successifs à la compétition des deux ex-championnes de tennis belges distillent un parfum très particulier que je suis le seul à percevoir, parce qu'il m'est extrêmement personnel. 

Surtout depuis qu'elles se sont rapidement retrouvées face à face dans une finale, ce qui fut le cas hier à Brisbane, en Australie.

Tiens, ce ne doit pas être très loin de chez Antony de Nouméa, cela...

Mais quel pourrait être le rapport entre cette nouvelle sportive et ce site d'ordinaire consacré aux cailloux et autres bébêtes ?

J'y viens tout de suite !

Les lecteurs attentifs auront peut-être déjà remarqué que cet article est publié dans une rubrique qui sera paradoxalement restée quasi totalement en déshérence depuis la création du blog. 

Seules quelques lignes de généralités avaient été dévoilées au milieu du mois d'avril de l'année passée, pour annoncer la rédaction d'un projet de livre, sinon autobiographique du moins inspiré d'une expérience personnelle fort désagréable qu'il m'arriva de subir dans un autre monde professionnel que celui qui est devenu le mien. 

Sans doute l'explication de ce long délai est-elle très simple : j'attendais un signe du destin !

Un coup de pouce...

N'importe lequel, pouvu que ce soit un indice clair de ce qu'il était grand temps que je m'y remette, quitte à travailler d'arrache-pied.

L'envie en devenait d'ailleurs de plus en plus pressante, de reprendre ce projet de bouquin que j'avais entamé voici maintenant - presque - une demi-douzaine d'années, et dont j'avais rédigé environ la moitié des chapitres avant que des impératifs divers et les aléas de la vie ne m'aient contraint et forcé de l'abandonner provisoirement.

Je l'avais laissé en l'état, la mort dans l'âme, mais non sans nourrir constamment l'espoir de le reprendre et de le terminer un jour !

Figurez-vous qu'un article d'ordre plus général était - reste - en préparation depuis de nombreux mois, sur le thème épineux de savoir pourquoi diable je souhaite ardemment écrire un tel livre.

L'artcile, je le finaliserai certainement dans les prochaines semaines, mais les circonstances du moment - les retrouvailles très médiatisées entre les joueuses belges Kim Clijsters et Justine Henin - viennent à point pour remettre sur le tapis une interrogation.

Pourquoi ne pas commencer à publier quelques extraits déjà rédigés, quitte à ce qu'ils soient copieusement revus, corrigés et vraisemblablement modifiés beaucoup plus tard, lors de la poursuite du travail ?

Ma décision est prise : je vous livre aujourd'hui un extrait, sous forme d'un chapitre à l'état d'ébauche, de ce livre dont j'espère un jour pouvoir concrétiser la publication sous le titre de "Argent Gagné Facilement".

Mais je manquerais à tous mes devoirs en vous laissant sans un minimum d'explications, histoire de planter le décor et de replacer la chose dans son contexte historique.

Imaginez...

Imaginez que vous travaillez comme employé dans une grande compagnie d'assurances, de taille internationale.

Mais que vous oeuvrez dans un service de sinistres particulièrement pointu, dont la matière porte le nom pompeux de "Responsabilité professionnelle" : celle des avocats et des huissiers de Justice, des comptables et experts-comptables,  des journalistes et des vétérinaires, pour n'en citer que les principaux.

Ces braves gens ont droit à l'erreur, puisqu'ils sont "couverts" lorsqu'il leur arrive - cela leur arrive - de commettre une bourde dans le cadre de leur travail.

Dans des conditions de travail dantesques, faites d'un retard de gestion chronique, de piles de courriers gigantesques et de pressions extérieures exercées tant par les clients eux-mêmes que par un gros bureau de courtage, quand ce n'étaient pas les autres compagnies d'assurance partenaires, notre service était constamment au bord de l'implosion, atteint par des vagues de départs successifs et par des absences de longue durée, pour cause de dépression nerveuse.

Pour répondre à cette dérive, la direction avait engagé un nouveau responsable, qui n'avait pas tardé à imposer ses vues, non sans susciter des heurts et des résistances, notamment celles des rares survivants dont je faisais partie.

Bien entendu devions-nous nous vouer corps et âme à notre travail, de manière telle que toute distraction était interdite.

Sauf que...



(extrait)



Bruxelles, jeudi 7 juin 2001, dans l’après-midi.

 

 

 

Au départ, je n’en avais simplement pas cru mes oreilles...

 

Par cette belle journée ensoleillée du mois de juin qui n’était pas sans laisser déjà planer un sympathique avant-goût d’été, il régnait dans nos bureaux une atmosphère plutôt feutrée et studieuse, presque de vacances. Contrairement à certaines périodes critiques de l’année qui pouvaient être très fiévreuses, agitées et empruntes d’une grande effervescence, la fin de la journée s’annonçait comme particulièrement sereine et marquée d’une ambiance de travail saine, calme voire quasiment monacale.

        La scène avait dès lors eu de quoi légitimement nous surprendre : quelque part au beau milieu de ce même après-midi, notre supérieur hiérarchique avait brusquement surgi dans le bureau panoramique sur lequel nous étions installés et dont les fenêtres plongeaient en droite ligne sur la célèbre place de Brouckère. Il semblait très excité et s’était engagé dans une discussion animée avec d’autres collègues, les premières qu’il eût rencontrées en arrivant sur notre plateau paysager.

Bruno le petit chef était visiblement d’excellente humeur, voire même exceptionnellement joyeux.

Et sans entendre le contenu de cette conversation qu’il avait entamée avec entrain à l’autre extrémité de la vaste pièce, je m’étais aperçu que la chose devait très certainement être en rapport direct avec le « post it » jaune qu’il tenait dans la main droite. Finalement, après avoir tari son long entretien avec un auditoire qui avait été subitement atteint de la même gaieté communicative, notre supérieur s’était approché des deux dernières personnes auxquelles il allait pouvoir prodiguer son savoir ou faire partager sa joie professionnelle. Mais la raison précise de toute cette soudaine agitation en avait été d’autant plus inattendue :

- « Je suis un passionné de tennis ! »

Puis, après une légère hésitation devant nos mines quelque peu perplexes, Bruno s’était généreusement offert de nous accorder la faveur d’une explication :

- « Vous voulez connaître les points provisoires du match Henin contre Clijsters ? »

  Ma collègue et moi étions restés sans voix, occupés à nous dévisager presque avec inquiétude en nous demandant si nous avions réellement entendu autant que bien compris la même chose. Mais percevant notre désarroi, Bruno avait semblé vouloir se montrer de bonne composition et décidé résolument de nous mettre à l’aise.
        L’heure était visiblement à la détente. Sur le même ton décontracté, il avait poursuivi :

-   « C’est la première demi-finale à Roland Garros. La lutte est très serrée entre les deux Belges. Mais pour le moment, c’est Justine qui gagne. Elle est très bien partie pour aller en finale ! »

       Tout affairé à ses révélations,  nous avait avancé de la main droite le précieux petit document jaune sur lequel il avait consigné les points provisoires de cette lutte fratricide. 

       Pour ne pas être très féru de cette discipline sportive, autant que pour ne l’avoir exercée que d’une manière très occasionnelle - en simple amateur et à une époque plutôt reculée - je devais reconnaître n’avoir guère vraiment suivi de près cette actualité brûlante. Mais je ne pouvais toutefois pas non plus contester avec l’espoir d’être cru que j’avais vaguement entendu, voire même distraitement écouté, ces informations matinales selon lesquelles deux jeunes joueuses de tennis belges avaient commencé à se faire connaître sur le plan international.
        La chose étant suffisamment rare, dans un pays aussi modeste que le nôtre, pour qu’elle eût mérité d’être suivie avec intérêt. Deux de nos compatriotes allaient s’affronter pour une place en finale de Roland Garros.

Aux prestigieux Internationaux de France !

Comme la presse l’avait titré le matin même, le petit royaume de Belgique pouvait désormais prétendre à devenir « L’autre pays du tennis ».

La francophone Justine Henin, dix-neuf ans et quatorzième joueuse mondiale, s’opposait à la Flamande, Kim Clijsters, dix-huit ans et douzième joueuse mondiale. Flamands et Wallons allaient pouvoir « pour une fois oublier leurs antagonismes ». Car s’il était vrai que la Belgique du tennis était très officiellement sous la coupe de la Fédération Royale Belge, la réalité en était toute autre. Cette instance nationale n’exerçait surtout qu’un rôle de représentation. Les joueurs belges étaient partagés concrètement entre une « Association Francophone de Tennis » et son pendant flamand, la « Vlaamse Tennis Vereniging ». Mais il n’était certes pas question pour l’heure de ces petites rivalités intestines. C’était un événement totalement inédit, franchement inespéré, voire même quasiment miraculeux pour notre pays. Quoiqu’il arrivât dans le match Henin contre Clijsters, la Belgique avait d’ores et déjà l’assurance d’avoir une représentante en finale.

Nous avions deux championnes de tennis pour le prix d’une !

Et la vainqueur allait pouvoir affronter celle qui aurait entre-temps pris l’ascendant dans cet autre match au sommet qui devait se dérouler au cours du même après-midi et promettait d’être aussi épique, cette fois entre la suissesse Martina Hingis et l’américaine Jennifer Capriati, deux joueuses qui n’étaient respectivement rien moins que les « numéro un » et « numéro quatre » mondiales.

Bruno le petit chef s’était improvisé comme un surprenant mais talentueux commentateur sportif, et nous avait même obligeamment donné quelques impressions personnelles et quelques détails marquants de la rencontre. Justine Hénin semblait avoir partie gagnée, tenant le match bien en mains : elle menait « un set à zéro » dans la première manche, et « quatre à deux » dans la deuxième, qui promettait de n’être que la seconde et dernière.

  Une formalité...
         L’excitation de notre chef de service faisait plaisir à voir, faite d’un mélange de pur engouement sportif et d’une exaltation quasiment enfantine. Cette ferveur n’était certes pas du tout pour me déplaire, moi qui appréciais particulièrement les gens passionnés, quel que fût l’objet de leur élan, pourvu qu’il puisse aider à faire face au contexte de morosité ambiante qui nous minait tous.

D’autant qu’on ne pouvait décemment lui donner tort  et bouder notre plaisir : la petite Belgique avait, une fois n’était jusqu’alors vraiment pas coutume, la certitude d’avoir une joueuse en finale de Roland Garros.
        Sauf que...
        - « Les résultats intermédiaires… » avais-je cogité distraitement dans mon coin tout en cherchant à comprendre pour quelle bizarre et obscure raison ce terme avait soudain fait retentir une lointaine alarme dans un recoin de ma tête. Il y avait pour moi, dans cette situation de travail classique et apparemment anodine, un petit « je ne sais quoi » de dérangeant et même d’anachronique, voire un soupçon de surréalisme que j’avais toutefois quelque peine à cerner d’une manière plus précise.

  - Intermédiaires ?

 Cela pouvait-il vouloir dire que le match de tennis dont il était question n’était pas terminé ?

 Et qu’il ne fût pas clôturé ne signifiait-il pas - par une logique des plus élémentaires dont même moi, modeste employé, j’étais capable - qu’il était dès lors tout à fait possible qu’il fût… toujours en cours ?

  Devais-je poursuivre mon raisonnement,  et en arriver à cette conclusion plutôt inattendue que notre éminent supérieur hiérarchique consacrait une partie importante de son après-midi à suivre en direct un match de tennis, peut-être à la radio, ou plus vraisemblablement sur Internet ? Car dans notre compagnie d’assurances Argent Gagné Facilement Belgium, l’accès à la Toile restait une denrée rare, un privilège, l’apanage exclusif des managers, avec ce sous-entendu que leurs subordonnés devaient à l’évidence être suspectés, voire même présumés, en faire systématiquement mauvais usage.

         A cette révélation, mon sang n’avait fait qu’un tour mais distrait par mes pensées rebelles, je ne m’étais pas aperçu sur le moment que notre nouveau commentateur sportif avait disparu aussi prestement qu’il n’était apparu à nos côtés. Mais quelque temps plus tard, nous n’allions pas manquer d’apprendre, toujours par les soins attentionnés du même curieux personnage, les résultats définitifs de cette mémorable rencontre.
         C’était inattendu : « Justine a craqué ! »
         Dans le deuxième set et contre toute attente, Kim Clijsters avait complètement renversé la vapeur, repris le dessus sur sa rivale et inexorablement infléchi le cours du match pour s’imposer en battant son adversaire Heninpar le score net et sans appel de 2-6, 7-5 et même un édifiant 6-2.
         La joueuse flamande avait finalement battu la Wallonne.

         La hiérarchie mondiale avait été respectée…

        Quoique ravi de cette excellente nouvelle,  je n’avais alors pu empêcher mon esprit d’iconoclaste de vagabonder ailleurs.
        Une force irrésistible, une étrange arrière-pensée m’avaient repoussé vers le clavier de mon ordinateur, sur lequel j’avais procédé d’un geste devenu machinal à une manipulation rapide. Une simple vérification de routine. Et le résultat de cette curiosité spontanée m’avait laissé plutôt perplexe. 

Le matin même de cette historique journée du jeudi 7 juin 2001, dès sept heures, j’avais pourtant transmis par l’informatique à notre supérieur hiérarchique ma demande de congés pour le mois de juillet, telle qu’elle était en tous points conforme aux prévisions de vacances élaborées pour l’ensemble des services plusieurs semaines auparavant. Et cette vérification m’avait permis de m’apercevoir que, si Bruno le petit chef avait effectivement « lu » ma demande de congés, le matin même passé neuf heures, il ne l’avait étonnamment pas répercutée au service du personnel… 
       Mes vacances annuelles avaient donc été maintenues en suspens, par le fait même de ne pas avoir été approuvées et officiellement transmises dans la foulée par mon supérieur hiérarchique.

Le futur octroi de mes congés ne semblait donc pas du tout s’annoncer sous les meilleurs auspices…

       Mais sans doute devais-je faire preuve d’un minimum de souplesse et de compréhension, en évitant d’afficher mon habituel esprit chagrin face à cette magnifique nouvelle sportive ?

- La Belgique est en finale de Roland Garros !

J’étais certes bien tenté de m’en convaincre moi-même, et de ne pas m’obstiner à dénicher une quelconque ombre qui fût susceptible de gâcher ce tableau journalier pour le moins idyllique

Mais bien évidemment, si notre supérieur hiérarchique, responsable qu’il était du bon fonctionnement du service et détenteur de la toute puissance managerielle, consacrait au moins une partie de son précieux temps à suivre en direct des matchs internationaux de tennis, l’on ne pouvait guère attendre de lui qu’il assumât en outre le suivi administratif des proches congés annuels sollicités par ses propres subordonnés…

Pensivement, indifférent à cette liesse générale, tout en serrant fermement les dents et encore plus vigoureusement les poings, j’avais détourné la tête et je m’étais levé de mon siège. Je m’étais approché des immenses fenêtres panoramiques qui illuminaient notre plateau, dans l’intention de m’astreindre avec application à cette nouvelle tâche d’une nature hautement sociologique que je venais spontanément de m’assigner.

Observer, avec intensité et la plus grande concentration dont je serais capable, ce fascinant spectacle que nous offrait, en contrebas des bureaux, quatre étages plus bas, le perpétuel fourmillement humain sur la place de Brouckère...

 - Surtout, oublier ce monde de fous dirigé par des dingues !

 

 

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Publié sous toutes réserves de modifications ultérieures...



Par carchadorias - Publié dans : ARGENT GAGNE FACILEMENT - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /2009 07:33




Certains d'entre vous auront sans doute déjà remarqué l'existence de cette rubrique, qui reste d'autant plus mystérieuse qu'aucun article ne sera venu l'entamer jusqu'à ce jour.

La chose est paradoxale, étant donné le rythme de publication imprimé aux autres grands thèmes de ce blog, depuis sa création voici plus de trois années-lumière déjà...

Comment, beaucoup moins que ça ?

NOOOOON !

Croyez-moi : trois mois à raison de trois articles par jour, cela me paraît déjà être une belle éternité !

Mais sans doute le moment est-il venu pour moi de lever un très léger coin du voile.

Peu sont ceux qui le savent, mais ce titre est celui d'un projet de livre, dont votre serviteur avait entamé la rédaction à l'issue d'une douloureuse épreuve liée à d'anciennes activités dans le secteur des assurances.

Quelques chapitres furent finalisés, mais plusieurs longues années auront passé depuis lors, sans que cette tâche de grande envergure ne puisse aboutir, faute de temps libre à y consacrer en quantités suffisantes.

Puisque le sous-titre de la rubrique s'intitule " souvenirs d'affres professionnelles ", les lecteurs ne n'étonneront pas si je précise qu'il s'agit de problèmes liés à ce qui fut diagnostiqué par un ami syndicaliste comme un " cas d'école " en matière de harcèlement moral à mon encontre.

Ce n'est pas moi qui l'invente...

Dans ce livre, je tenterai de raconter par le menu et d'une manière chronologique ma longue descente aux enfers.

Evidemment dans le style décontracté qui est le mien, je décrirai des tribulations parfois très caustiques, que ceux qui ont aimé " Stupeurs et tremblements " ne manqueront pas d'apprécier, du moins je l'espère !

Bientôt, j'apporterai dans un second article - en cours de rédaction - quelques précisions supplémentaires, dans le prolongement immédiat de ces quelques lignes dont le véritable but était de me remettre le pied à l'étrier.

Ou au pied du mur....

Histoire de ne pas laisser cette rubrique encore tristement en déshérence...

Merci pour votre fidélité.


 

Par carchadorias - Publié dans : ARGENT GAGNE FACILEMENT
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