Bonjour, Monsieur Fuji.
J'espérais pourtant ne plus jamais vous revoir.
Ne vous faites aucune illusion : nous avons les moyens de continuer à vous faire parler.
Je pensais que nous n'avions depuis longtemps plus rien à nous dire...
Réservez la fonction de penser à votre coéquipier. Du moins, laissez-lui croire qu'il en est capable !
A quoi faites-vous allusion ?
Vous vous doutez bien que ses réflexions quotidiennes à caractère pseudo-philosophique ne font rire personne.
Détrompez-vous, je dois fréquemment faire appel à mon double stabilisateur.
C'est exactement ce que je disais : ses stupides "pensées du jour" n'ont jamais amusé que lui-même.
Je vous confirme avoir constaté quelques curieux comportements, des accès de rires solitaires.
Vous voyez. Mais je voudrais attirer votre particulière attention sur le côté de plus en plus... instable de cet individu.
Comprends pas...
N'avez-vous toujours rien remarqué d'anormal dans son comportement ?
Aucune chose dont nous n'ayons déjà parlé.
Vous savez que nous possédons certains clichés, pris cette année, qui sont d'un goût extrêmement discutable.
Vous n'allez tout de même pas revenir là-dessus ?
Nous maintenons que le fait de photographier des cadavres d'animaux au cours des sorties paléontologiques, dans divers stades de décomposition, n'était pas d'un intérêt foudroyant.
Vous savez très bien que c'était en désespoir de cause.
Mais encore ?
A défaut de pouvoir trouver des pièces fossiles dignes d'être récoltées et photographiées au préalable.
Certes, certes...
L'incident est clos, alors.
Et ces clichés du port d'Anvers, pris au téléobjectif, au tout début d'une sortie ?
Juste pour profiter de l'ambiance irréelle, du spectacle un brin fantastique.
S'est-il montré satisfait du résultat d'ensemble de ces prises de vues ?
Pas vraiment : trop floues, manquant de netteté.
Un mauvais point pour vous ça, non ?
Du tout, rien d'incompréhensible vu la distance et les conditions dans lesquelles elles furent réalisées.
Aucune réflexion à votre encontre, sur le moment ou par la suite ?
Mais non, pourquoi ?
Votre coéquipier est un grand cachottier, semble-t-il.
Encore une de vos allusions perfides.
Du tout : nous sommes très bien renseignés. A la meilleure source.
D'accord. Et que savez-vous que je ne sache pas déjà ?
Votre déclassement est proche, Monsieur Fuji ! Votre déclassement. Hahahahahaha !
Vous êtes ignoble...
Je sais, je sais. Merci.
Mais je ne vous crois pas une seule seconde.
Pourtant vous devriez bien de nous ouvrir à cette dure réalité.
Et je présume que vous connaissez déjà l'identité de mon successeur !
Vous n'imaginez pas à quel point vous êtes proche de la vérité.
Mon coéquipier passerait à la concurrence ?
Que nenni ! C'est un indécrottable conservateur, trop attaché qu'il est au passé, à ses petites habitudes...
Vous voulez dire qu'il restera dans la même marque ?
Cela nous en a tout l'air.
Un de mes descendants directs alors ?
Vous êtes très perspicace, Monsieur Fuji ! Avez-vous déjà songé à travailler pour nous ?
Jamais de la vie.
Cela vous irait peut-être mieux de faire un petit essai ? Juste pour voir.
N'y comptez pas !
Vous devez donc vous attendre à recevoir prochainement une nouvelle affectation.
Je ne doute pas qu'il veillera à ce que je tombe dans de très bonnes mains.
Vous êtes trop sentimental, Monsieur Fuji.
C'est la raison pour laquelle je m'entends bien avec lui.
Pas de rancune déplacée, si je vous comprends bien ?
Aucune animosité, si c'est ce que vous espériez...
Votre opinion à notre égard est décidément bien négative, et au sien beaucoup trop favorable.
Finissons-en : à quand procèdera-t-il à mon remplacement ?
Vous devez vous douter qu'à l'approche de la nouvelle année, son anniversaire, etc...
Qu'importe, je lui fais confiance.
Chevaleresque, comme toujours, Monsieur Fuji ?
Nous ne sommes pas du même monde.
Autre chose, avant que nous nous séparions définitivement ?
Pourquoi pas, après tout !
Une dernière volonté peut-être ?
Ce n'est pas de refus.
Alors. Laquelle ?
Un décaféiné bien tiède.
Ahhhhhhhhh, vous voyez que vous pouvez être très raisonnable !
Faites-moi un plaisir.
C'est chose faite.
Vous étrangler avec.
VOUS....
Non, je rigole.
(fin)
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