Voici une quinzaine de jours déjà, votre serviteur interceptait un certain Paleoman à la sortie de son travail, dans le centre de Bruxelles, non loin de la célèbre Place de Brouckère qui fut si
chère au cœur de Jacques Brel.
Soit dit en passant, malgré que les années se soient accumulées depuis lors, les lieux ne manquèrent pas d'encore susciter dans mon chef un léger pincement au coeur, puisque l'employeur dont
question avait également été le mien, pendant longtemps, avant que je n'imprime brusquement une " nouvelle orientation à ma carrière ".
C'est juste pour reprendre la fameuse formule consacrée, à laquelle il était d'usage de recourir quand se séparaient brutalement les chemins respectifs de cette grande compagnie
d'assurances, et d'un de ces modestes employés, surtout lorsque le consentement de l'intéressé n'est pas une composante majeure dans les débats qui y présidaient !
La simple vue de la façade bétonneuse des bâtiments qui abritent cette société, dont je tairai le nom malgré que cela n'ait plus grande importance puisqu'il a sensiblement changé depuis
les faits, aura ressuscité nombre de souvenirs, agréables - très peu - et désagréables...
Innombrables !
Parmi les premiers figurent en juste place les rendez-vous " pause café ", pris en compagnie du même Philippe Cooreman, cet informaticien qui ne savait pas encore lui-même qu'il allait
parvenir à se faire connaître sous les pseudonymes de Phil Fossil et de Paleoman.
Ces petites rencontres discrètes, qui devinrent de plus en plus conspiratrices au fur et à mesure où ma situation professionnelle allait en se dégradant, étaient une de mes bouées de sauvetage,
un parmi les rares moments de raison dans cet océan de mauvaise foi et de médiocrité intellectuelle grandissantes, que l'on rassemble maintenant d'une manière courante sous l'appellation
contrôlée de " harcèlement moral ".
Merde, il est grand temps que je reprenne le chantier de mon projet " Argent gagné facilement " !!!
Mais pour en revenir à cette récente soirée au cours de laquelle je ramenai Phil Fossil à son bercail, j'eus enfin l'opportunité de lui restituer ces volumineuses pièces qu'il avait eu la
gentillesse de me prêter pour valoriser mon exposition de fossiles du mois d'août.
Toutefois, et en fait de domicile, il me vient plutôt à l'esprit le terme de " l'antre ", plus apte à définir le spectacle qui s'offrit à mes yeux, lorsque l'intéressé manœuvra le volet mécanique
de son hangar.
Devant mes yeux incrédules s'étalaient à perte de vue des empilements de caisses multicolores et de cageots à fruits de toutes marques et de toutes origines, sur des colonnes de deux à
trois mètres d'épaisseurs chacune, qui semblaient monter à l'assaut d'un plafond pourtant à peine discernable.
Par rapport à ma précédente visite, lorsque j'étais venu prendre possession des mêmes pièces, à peine deux mois auparavant, l'amoncellement me sembla plus précaire : plusieurs tours constituées
d'une bonne vingtaine de niveaux - ne comptez pas loin des trente - donnaient l'impression d'être sur le point de basculer, légèrement affaissées qu'elles semblaient être à la base.
Le chemin emprunté d'ordinaire par Paleoman entre deux de ces empilements sembla même plus étroit lorsqu'il tenta d'accéder à l'arrière, comme si le vague itinéraire suivi jusqu'alors s'était
progressivement refermé.
A moins qu'il n'ait grossi ?
Tenter de s'infiltrer en avançant latéralement - sur son côté, comme un crabe - ne lui sembla guère plus aisé.
Unissant nos forces, ce qui n'est pas une clause de style au regard du poids que pouvaient représenter certaines des pièces - désormais, je hais les troncs fossilisés de Hoegaarden ! -
nous parvînmes toutefois au terme de notre tâche du jour.
C'est à cette anecdote que je pensais justement lorsque, quelques jours plus tard, j'avais entamé un rapide survol des spécimens récoltés dans les sables d'Oorderen tout au long de ces dernières
années.
Malgré qu'il y ait quelques fossiles particulièrement courants, tels les boucles de raies géantes ou autres coquilles de bivalves, les quantités accumulées paraissaient totalement dérisoires, en
comparaison de cette montagne de spécimens d'origines multiples qui attendent que Paléoman s'attelle à l'opération colossale que va représenter leur rangement, tri et nettoyage, dégagement,
détermination et autres subtilités du même genre.
Sans négliger leur contemplation pure et simple !
Quoiqu'il se voit très prochainement offrir un plantureux temps libre, aux frais du même généreux employeur qui m'avait indemnisé quelques années plus tôt, vingt-neuf mois ne seront pas de
trop pour mettre de l'ordre dans une telle collection d'un ordre de grandeur pharaonique.
C'est à cette conclusion que j'étais parvenu, contemplant moi-même - combien modestement - mes quelques tiroirs, dans une entreprise qui reste loin d'avoir atteint son propre stade
d'aboutissement.
En voici quelques clichés intermédiaires, par autosatisfaction et juste pour me donner du courage !
Une vue plongeante, dans cet ancien meuble d'imprimerie qui aura trouvé une nouvelle fonction bien inattendue.
Quelques bivalves, Dosinia casina et Pecten praegrandis.
Sans négliger les gastropodes, Nucella tetragona et Nucella lapillus, aux côtés de petits exemplaires de Neptunea contraria.
Ou des espèces plus diverses, dont la rareté des spécimens préservés atteste des sévices infligés par les travaux de dragage et de transport aux sédiments du Pliocène
anversois.
D'aucuns reconnaîtront au passage une de leurs espèces fétiches...
Mais il reste du pain sur la planche.
Et un des quatre chats dehors...
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