Miraculeux...
A la mûre réflexion, ce spécimen de Sparidé l'est à plus d'un titre.
Bien entendu, et avant tout, le simple fait de sa préservation quasi complète est surprenant, tant ce genre d'animal doit à sa nature originelle de ne pouvoir que très rarement être
fossilisé.
En outre, l'on ne peut que revenir à chaque fois à la pensée des mauvais traitements que subissent les sédiments du Pliocène, tant le gravier de base du Kattendijk que les sables d'Oorderen, lors
de leur extraction sans ménagement au cours de nombreux travaux dans le port d'Anvers.
Enfin, restait l'extraordinaire coup de chance, pour votre serviteur, de s'être trouvé au bon endroit et au bon moment.
Oserais-je ajouter pour étaler ma parfaite connaissance de la langue serbo-croate, "The right man at the right place".
L'enseignement le plus important de cette aventure est très certainement le fait que toute anomalie ou objet insolite dans le sable mérite d'être examiné, le plus anodin des fragments osseux -
trahi par son allure générale, sa couleur et sa porosité - pouvant se révéler une pièce d'une qualité insoupçonnable.
A cet égard, je ne regretterai certes jamais la manière dont s'est déroulée cette découverte, quoique ma tâche eut été facilitée si ce palais de poisson avait été disposé dans l'autre sens, à la
manière ci-dessous.
Je n'avais en effet pu résister à ce petit dernier cliché de la pièce, posée sur le sol sableux dans l'attente de l'arrivée du chercheur, comme tout honnête fossile devrait l'être !
Mais peut-être est-ce pour moi trop faire le difficile ?
En définitive, le caractère miraculeux de cette trouvaille provenait également du contexte dans lequel elle avait été faite.
Je dois l'avouer : deux bonnes heures de promenade sans trouver fossile à ma taille m'avait quelque peu démotivé, outre que la posture fréquemment adoptée - la tête baissée vers l'avant - était
de nature à entraîner certaines douleurs musculaires dans le cou et les épaules, indésirales et devenant à la longue insupportables.
Le cliché atteste ainsi de ce que je venais de renoncer à marquer mon passage par le traditionnel sillon dans le sable.
Passé quelques minutes auparavant en sens inverse, laissant derrière moi cette marque sombre que l'on peut apercevoir dans le coin supérieur gauche, je m'étais contenté de reprendre l'autre
direction, en longeant plus ou moins les anciennes traces d'un gros engin de chantier.
Là réside également le miracle : il devait s'en être fallu de très peu, quelques centimètres à peine, pour que le fossile ne soit trouvé, au minimum enfoncé et rendu invisible dans les
sédiments, au pire brisé voire écrabouillé par le poids de ce mastodonte des temps modernes.
D'autres énormes empreintes encore plus récentes sur la droite attestent de ce que le bonheur d'un paléontologue amateur ne tient qu'à très peu de choses.
Observant le paysage aux alentours, il y avait de quoi en frissonner, sans que cela ne doit dû au temps glacial de cette - presque - fin d'hiver.
(à suivre)
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