Pourquoi diable avoir soudain eu l'irrépressible envie de partir à la recherche de cette tombe ?
C'est vrai qu'au beau milieu des vacances, à plus de mille bornes de mon domicile, installé que j'étais sous le soleil exactement (même s'il ne semblait pas toujours aussi
omniprésent qu'autrefois), alors même que tous les centres de préoccupations de la vie quotidienne et autres soucis qui font notre lot commun tout au long de l'année semblaient fort
éloignés, l'idée était pour le moins curieuse.
Mais elle me paraît restrospectivement avoir été plutôt l'aboutissement naturel d'une suite logique de sensations convergentes.
Je m'explique...
Aie, ça risque d'être long, penseront certains lecteurs.
Déjà, il faut se rendre à l'évidence que la Géologie et la Paléontologie ne sont finalement pas des sciences abstraites, mais au contraire une affaire d'hommes.
Au sens large, s'entend !
J'insiste - afin de ménager toutes les susceptibilités qui risqueraient de se manifester en la matière - que je veux dire par là, une affaire de personnes humaines.
Point donc du moindre sexisme déplacé de la part de votre serviteur, quoiqu'il faille bien constater objectivement que l'histoire de ces disciplines ne compte curieusement que peu de
représentantes de ce que l'on appelle (d'ailleurs très très erronément) la " gente féminine "...
Toutefois, c'est la réflexion à laquelle j'avais abouti, au cours de ce nouvel été de vacances que je passais dans le Midi de la France.
Plusieurs raisons l'avaient d'ailleurs imposée à moi.
D'une part, j'avais eu cette opportunité - non, la chance scandaleuse - de me procurer quelques mois auparavant une quantité inespérée d'oeuvres originales portant sur l'étude
de la Montagne Noire : est-il besoin de rappeler à cet égard, pour les initiés, les noms de Bergeron, de Rouville, Thoral, Dean, Gèze et Courtessole, pour ne citer que les plus illustres ?
Ces recueils sont le genre de publications, qui sont d'ailleurs plutôt pour moi de véritables reliques, que j'espère bien pouvoir prochainement consulter à mon aise, pendant les longues soirées
d'hiver, pour peu que je puisse enfin terminer ce fameux " cabinet de curiosités " dont il est de plus en plus fréquemment question dans mes propos.
D'autre part, il y avait cette douloureuse disparation de mon vénérable ami Jean-Jacques.
Non seulement celui qui avait guidé mes pas dans l'Hérault, pendant plus d'une quinzaine d'années, n'était plus dans les parages, mais le contexte et les circonstances de son décès avaient été
pénibles et douloureux, autant pour moi que pour ma famille.
Heureusement, le Destin - chacun reste libre de remplacer ce terme par ce qu'il souhaite, en fonction de ses propres conceptions philosophiques et religieuses - m'aura permis de concrétiser
une des tâches dont je resterai le plus fier jusqu'à la fin de mes jours : avoir contribué plus qu'activement au retour de ses cendres dans le Midi de la France.
Quoiqu'il n'ait jamais clairement exprimé une telle demande, à savoir émis verbalement ou par écrit le souhait de reposer éternellement sur les lieux où il passa à l'évidence de nombreux parmi
les meilleurs moments de sa longue vie, Jean-Jacques nous avait toujours fait ressentir son amour immodéré pour cette région, pour son climat et aussi pour ses habitants.
Lors de son dernier séjour, au cours de l'été 2007, il semblait déjà fortement amoindri, ce que nous avions constaté sans trop vouloir y déceler autre chose que l'effet de son âge avancé : deux
ans auparavant, il avait troqué sa grosse camionnette Nissan, qu'il avait lui-même aménagée en salon-cuisine-chambre-à-coucher, pour une petite voiture de la même marque.
Celle-ci était tellement minuscule par rapport à l'ancien véhicule que je l'avais surnommée affectueusement sa " cacahuète ", malgré qu'il m'ait un jour demandé de l'aider à enlever la banquette
arrière, une tâche qui allait se révéler très lourde, au sens premier du terme.
Jean-Jacques ne dédaignait ainsi plus d'être emmené dans une autre voiture, en qualité de passager, chose qui eût été impensable, car totalement inacceptable pour lui à peine deux années plus
tôt.
C'est au cours d'une de ces promenades, qu'après avoir quitté notre villégiature du hameau de Camprafaud, je l'avais conduit successivement dans la ville de Saint-Chinian, puis au délicieux petit
village de Cessenon-Sur-Orb.
Jean-Jacques au petit déjeuner, dans le hameau de Camprafaud, le mercredi 25 juillet 2007.
Après avoir cédé à la tradition du " petit café serré " sur la terrasse de l'Europe (un grand crême pour lui), et après les passages obligés qu'étaient l'unique librairie puis sa
boulangerie préférée, nous avions convenu de repartir dans la direction de la Maurerie, histoire de jeter un coup d'oeil à l'un ou l'autre de nos traditionnels sites de prospection.
Mû par je ne sais quel instinct, j'avais alors décidé d'emprunter ce chemin touristique qui coupait au travers d'un bois d'eucalyptus situé à la périphérie du village de
Cessenon-Sur-Orb.
Nulle question de blog à cette époque, mais j'avais l'intention de m'arrêter pour une petite séance de photos à un endroit très précis, celui où avaient été répandues les cendres d'un inconnu, un
lieu symbolique auquel j'avais à plusieurs reprises envisagé de rendre visite, sans avoir jamais eu le temps matériel de le faire.
Ce 25 juillet 2007, j'étais passé devant le curieux endroit, en compagnie de Jean-Jacques.
Sans échanger le moindre mot, dans ces moments de connivences issus de tant de sorties communes, nous avions quitté la voiture, chacun portant l'appareil photo en bandouillère.
Quoique j'aie été l'initiateur de cet arrêt, Jean-Jacques avait spontanément entamé une série de clichés.
" ICI ONT ETE DISPERSE LES CENDRES D UN HOMME QUI AIMAIT LA FORET ", annoncait la pierre.
Dans mon intégrisme, j'avais suggéré à mon ami qu'il serait peut-être judicieux de corriger la faute et je m'étais offert à chercher mon feutre, mais il m'en avait dissuadé.
" Laisse-le reposer en paix ", m'avait-il simplement dit sur un ton malicieux.
Puis, sans échanger la moindre parole, du moins sur son propre souhait éventuel quant à cette question, nous avions regagné la voiture, pour atteindre ensuite le but officiel de
notre sortie.
Là également, les affleurements m'avaient moins intéressé que le besoin impérieux d'immortaliser ces rares instants magiques, comme si quelque chose en mon for intérieur m'alertait sur le
caractère unique, éphémère et presque historique de ces derniers moments...
Que de fois ne l'aurai-je vu dans cette posture...
(à suivre)
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