Après la "Belle", voici la... "Bête".
Plantons une nouvelle fois le décor.

Vendredi passé, je m'étais installé près du chauffage, histoire de me changer pour enfiler des vêtements de travail - de vieilles loques - tout en profitant encore quelques derniers instants
du confort matinal avant d'affronter l'air plutôt frisquet de l'extérieur.
Devant moi étaient étalés quelques spécimens issus des dernières sorties dans les sables d'Oorderen, celles qui avaient été faites à la fin de l'année passée, et dont j'avais rassemblé les
récoltes pour un tri préliminaire après séchage, en vue d'un premier entreposage dans les tiroirs.
Au-delà de cette table se prélassaient sereinement les deux monstres.
A droite, la belle mais sauvage Luna, désormais célèbre, et à gauche : Simba.
Alias - je suis responsable des surnoms dont il est affublé - "L'affreux" ou "Quasimodo".
Voire même "Chat dingue" ou le plus souvent "Trois pattes".
J'assume pleinement...
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Simba est en effet ce que l'on pourrait appeler vulgairement (communément) un "chat de gouttière", s'il ne donnait pas l'impression
d'en être tombé à plusieurs reprises !

Animal au destin très particulier, ce félin doit d'avoir abouti chez nous au fait que
notre précédent compagnon nous avait quittés quelques mois auparavant, une crème que nous cherchions à remplacer.
Popeye, c'était le nom du chat qui avait vécu ses plus belles années en notre compagnie - ou peut-être est-ce un peu aussi l'inverse - était décédé des suites d'une longue maladie.
Marqués que nous étions par l'expérience d'un animal extrêmement doux et affectueux, preuve vivante de ce que tous les félins roux sont des "chats sympas", nous avions souhaité le remplacer
autant que possible par un autre qui fut de la même trempe.
Histoire de combiner cette succession avec une bonne action, nous nous étions rendus dans un refuge animalier de la périphérie bruxelloise, avec la ferme intention d'en ramener un autre chat
roux, seule exigence du moment, notre critère de sélection étant que nous prendrions le premier des candidats qui marquerait un intérêt ou de la curiosité pour nos personnes lors du passage
à proximité des cages.
Quant au choix du nom, le souhait d'un enfant de cinq ans à l'époque, à peine remis de ses premiers dessins animés et marqué par la vision du "Roi Lion", s'était porté tout naturellement sur
celui de Simba.
Nous n'avions pas eu le cœur de chercher à l'en détourner.
Arrivé dans la maison récemment agrandie de sa nouvelle extension, salon mezzanine au rez-de-chaussée et jardin d'hiver en contrebas, l'intéressé s'était immédiatement senti à l'aide, sans se
rendre compte à quel point il évitait pour l'avenir la trépidance de la ville pour la sérénité de la campagne.
Malheureusement, quelques années plus tard, un matin d'automne allait nous le faire retrouver silencieux dans un couloir de la maison, immobile et totalement recroquevillé sur lui-même,
grièvement blessé au train arrière.
Quoique nous n'avions aucune information sur les circonstances de l'accident qu'il avait subi, nous ne pouvions qu'émettre des conjectures en rapport avec le passage de quelques véhicules devant
notre domicile. Résidant dans un cul-de-sac dont nous étions la "dernière maison avant la ferme", nous ne subissions guère de trafic excessif, mais les nécessités de cette exploitation
agricole devaient sans doute avoir été suffisantes à cet égard pour qu'il se trouvât surpris au petit matin, sans doute ébloui par les phares d'une voiture.
Malgré nos craintes quant au caractère spectaculaire de sa blessure, notre vétérinaire s'était voulu plus que rassurant : une amputation du membre inférieur assurerait sa survie, de même qu'elle
lui laisserait une qualité d'existence totalement acceptable. Il nous jura même que, nonobstant la perte d'un membre postérieur et - partant - propulseur, l'intéressé en arriverait à mener une
vie quasiment normale...
Nous nous trouvâmes dès lors quelques jours plus tard devant le spectacle attristant d'un chat qui présentait un moignon de chair rose dépourvue du moindre poil, mais les semaines suivantes
allaient démontrer toute la pertinence des propos dudit vétérinaire.
Six ans plus tard, Simba reste toujours bon pied - oups la gaffe ! - bon oeil, étant même souvent le premier à atteindre la gamelle à l'heure du casse-croûte !
Le plus âgé de tous, il mène toutefois actuellement une paisible existence de retraité.

Rarement j'ai vu un chat aussi flegmatique, du moins en dehors de ses crises de folie passagère, provoquées par des "grosses chatouilles" auxquelles il est bien incapable de faire face, privé
qu'il est du membre adéquat, mais auxquelles nous répondons par des "grosses gratouilles".
Euh...
Manger ?
Je n'ai pas dit "manger" !
Mais non, Simba, tu m'as mal compris.
J'ai dit : "rarement j'ai vu".
Ce n'est rien, mon vieux, rendors-toi..
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(à suivre)
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