Résumé de l'épisode précédent :
Nous étions prisonniers des terribles Marijos.
En quelques secondes, plusieurs dizaines de solides guerriers emplumés nous avaient encerclés, nous menaçant ostensiblement, certains de leur sarbacane, d'autres de leur long couteau
aztèque.
Toute résistance eût été inutile, vaine voire même suicidaire, de sorte que j'avais fait signe à mes compagnons de ne pas esquisser le moindre geste.
Nous avions été emmenés, sans un mot, vers la vallée en contrebas, en direction du village installé au bord de la rivière.
Si l'entrée n'était qu'un agglomérat informe de huttes à l'aspect rudimentaire, plus loin apparaissait la base de ce qui devait être une construction gigantesque : un temple de
plusieurs dizaines de mètres de hauteur, en gradins, que nous n'avions pas aperçu à l'origine en raison de la densité d'une végétation luxuriante qui le recouvrait en grande partie.
Nous avions traversé tout le village, dont l'animation observée auparavant avait totalement disparu, hormis quelques jeunes enfants qui étaient occupés à un jeu d'osselets.
Je préférai ne pas trop chercher à savoir sur le moment de quoi était exactement constituée leur principale source de loisirs.
Devant certaines des habitations, des rangées de crânes blanchis étaient suspendus, le palmarès fièrement exposé du guerrier qui devait en être l'occupant. Au fur et à mesure où nous nous
approchions du temple, le nombre de trophées allait en s'accroissant, comme si les meilleurs chasseurs avaient droit à la proximité du monument.
Ou plutôt du chef de la tribu, car une silhouette étrange venait de faire son apparition, descendant avec solennité les marches du temple.
C'était un Indien beaucoup plus âgé que tous les autres, au visage fortement ridé et dont le corps était totatement recouvert d'une peinture rouge. Il portait sur la tête une couronne de plumes
multicolores beaucoup plus fournie que les autres, mais ce qui semblait être le plus grand signe de son pouvoir devait sans nul doute être le coffret qu'il tenait à la main.
Le chef tendit les bras et leva l'objet vers le ciel.
Tous les Marijos se prosternèrent, face contre terre.
"Quoi c'est ti, Commandant ? ", murmura Bill.
" Le siège de son pouvoir, peut-être même celui de toute la tribu ", répondis-je sur le même ton.
" Qu'y a-t-il dans la boîte, à votre avis ? "
" Je ne sais pas. Peut-être des pierres précieuses, une statuette, peu importe "
" Des amulettes ? ".
" Tu l'as dit : c'est sans doute une boîte d'amulettes " .
Brutalement, le chef nous désigna d'un doigt accusateur, hurlant des paroles incompréhensibles, à l'intention des guerriers qui se levèrent d'un bon, nous entourèrent et nous poussèrent sans
ménagement dans une hutte toute proche, tandis que le reste de la troupe était emmené dans une autre construction qui lui faisait face.
Bill s'asseya lourdement sur le sol.
" Nous voilà donc en prison ".
" Tu veux dire dans leur garde-manger ".
" Vous croyez que ..." , dit-il sans terminer sa phrase.
C'était le moment de lui donner quelques explications. Les Marijos avaient pour tradition de sacrifier leurs prisonniers au cours de fêtes rituelles, des cérémonies entrecoupées
de chants et de danses, dont l'attraction principale était d'immoler les victimes en vue de les ... consommer.
Les morceaux de choix étaient réservés aux plus valeureux, le coeur attribué au chef et les têtes aux guerriers qui avaient procédé à la capture. Mais les doigts et les orteils étaient aussi
considérés comme des parties de choix.
Notre sort futur ne faisait aucun doute.
" Vous croyez qu'ils vont nous manger avec de vulgaires olives ? "
" Certainement pas. "
" Pourquoi ? "
" Parce qu'il n'y a pas d'olivier ici. Beaucoup trop fragile pour le climat ".
" Maintenant que vous m'en parlez, je commence à trouver toute cette ambiance un peu fraîche ".
" Raison de plus pour ne pas trop nous éterniser : je ne voudrais pas que tu attrapes un rhume ".
" Vous avez un plan, Commandant ? "
" Cela me déçoit que tu en doutes ! "
" Dites-moi juste ce que je dois faire "
" Nous attendrons la nuit. Les gardiens sont au moins trois : tu crois que tu vas pouvoir t'en charger tout seul ? "
" Vous êtes trop généreux ", me dit-il en souriant, pendant que je regardais pensivement ses grandes mains, qui me faisaient penser à des marteaux-pilons.
Je me remémorai soudain les grands couteaux aztèques qui pendaient à leur ceinture de fibres.
" Attention : ils sont armés ! "
" Là, c'est vous qui m'insultez, Commandant ", poursuivit-il d'un air faussement vexé.
" Pendant ce temps, je dois aller rendre une petite visite au chef : j'ai deux mots à lui dire ".
" Et je fais quoi, moi, après l'apéritif ? "
" J'ai besoin d'une diversion, pendant que je libère les autres ".
Patiemment, nous avions attendu la nuit.
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Euh...
Toujours pas ?
Alors, on va essayer autre chose.
Mais c'est bien parce que c'est vous, hein...
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Le banquet battait son plein.
La traditionnelle file se forma pour s'en aller se servir en variantes diverses de viandes grillées.
Le fils de notre hôtesse se révéla tout au long de l'après-midi être un cuistot hors-pair.
Le spectacle du groupe réuni, augmenté toutefois d'amis invités pour l'occasion par notre président et l'hôtesse elle-même, était tellement agréable, après l'annulation de l'année précédente, que
je n'hésitai pas plusieurs fois à abandonner mon assiette pour m'en aller immortaliser l'évènement.
Sous tous les angles.
Encore...
Et encore.
Quoiqu'il ne plut finalement pas, la bâche tendue au-dessus des convives participa au maintien d'une ambiance chaleureuse et conviviale.
(à suivre)
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