Résumé de l'épisode précédent :
Contre toute attente, nous avions réussi à escalader les murailles de la forteresse et à nous faufiler de l'autre côté du promontoire, mais cette épreuve semblait curieusement avoir été trop
aisée, comme si ces lieux sinistres avaient été désertés à dessein.
Comme pour nous faciliter la tâche.
Pour mieux nous piéger plus loin, à découvert, dans la vallée...
Nous approchions de la rivière au bord de laquelle devait se trouver le camp qui abritait une tribu de redoutables guerriers chasseurs de têtes.
Bien que je n'aie jamais vu jusqu'à présent la moindre silhouette humaine, je savais que nous étions observés depuis plusieurs jours, chacun de nos gestes étant épié, même le plus anodin.
Désormais, nous n'étions plus seulement suivis, mais escortés, car je sentais des présences de chaque côté, de part et d'autre de notre maigre colonne.
Une curieuse odeur de cuisson commença à nous parvenir aux narines, encore lointaine, mais très forte.
Cela sentait la chair rôtie.
Pour les membres affamés de notre expédition, les derniers survivants au bord de l'épuisement, ces effluves devaient être la plus délicieuse des tentations, et je m'étais bien gardé de leur faire
part de mes sombres pensées.
Cette odeur très particulière, je ne la connaissais que trop bien !
Un relent de grillade, alléchant pour tout qui ne savait pas que c'était nous qui, depuis le départ, étions le.... gibier.
C'est alors que je vis le rassemblement dans la clairière située dans le lointain, en contrebas : ils étaient nombreux, plusieurs dizaines, mangeant et buvant avec insouciance, comme une
vulgaire garden-party.
Trop tard pour reculer...
" Cette fois, Commandant, je crois bien que c'est le moment de vérité ", me glissa Bill.
" Surtout, ne bouge pas ", lui murmurai-je doucement.
Une mygale noire, velue et monstrueuse, se promenait nonchalement sur son épaule démesurée de catcheur.
D'un coup sec asséné du revers de la main, j'avais frappé l'animal, qui s'envola en disparaissant dans les taillis.
Blême en s'apercevant de ce qui avait failli lui arriver, Bill balbutia :
" Encore une fois, vous me sauvez la vie, Commandant ".
" Tu finiras bien un jour par me rendre la pareille, mais pour le moment, nous avons d'autres chats à f..."
Je n'eus pas le temps de terminer ma phrase : un sifflement retentit, et une courte fléchette venait de se ficher dans un grand claquement, sur le tronc d'arbre à côté duquel se tenait mon
ami.
Nous étions officiellement repérés...
D'un geste sec, j'avais arraché le curieux objet, dont l'empennage était multicolore, fait de plumes d'oiseaux exotiques délicatement entrelacées.
J'en avais prudemment reniflé la pointe : empoisonnée, sans l'ombre d'un doute !
" Marijos ", avais-je alors murmuré entre les dents.
" Les MARIJOS ? ".
Bill ne cachait plus sa peur.
Les pires Indiens que nous puissions rencontrer.
Les plus cruels et les plus redoutés de toutes les tribus d'Amazonie !
Les descendants directs des Aztèques, et les inventeurs de l'effrayant couteau du même nom...
" Au moins, ils sont mauvais tireurs ! ", ricana nerveusement mon compagnon.
" Ne crois surtout pas cela, Bill ".
Il m'avait regardé sans comprendre.
" S'ils l'avaient voulu, avec leur sarbacane, ils t'auraient placé cette fléchette juste entre les deux yeux ".
" Vous pensez vraiment que ... ? "
" Et avec ce poison violent qui est de leur fabrication, c'était suffisant pour liquider n'importe quel animal de la jungle, même un gros pachyderme musclé tel que toi ".
Ma traditionnelle blague sur sa carrure athlétique ne le faisait même plus sourire.
" Croyez-vous qu'ils veulent nous capturer vivants ? ", demanda-t-il.
" C'est clair qu'ils ne veulent pas nous tuer ".
Comme il ne disait mot, je rajoutai pensivement, à voix basse, comme pour moi-même :
" Du moins, pas tout de suite... "
Et c'était - de très loin - la plus mauvaise nouvelle depuis le départ de notre expédition !
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Euh...
Toujours non ???
Bon...
Ha la la la la.
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Nous étions arrivés dans la superbe propriété de campagne de Nicole, notre hôtesse du jour.
C'était une charmante et haute villa blanche, perdue dans un agréable jardin sauvage dont la grille d'entrée faisait face à cette eau calme et paisible qu'était la Sambre, une rivière
prenant sa source au-delà de la frontière française et dont le nom celtique de Samara - " tranquille " - n'était certes pas usurpé.
L'allée qui menait à la demeure elle-même était faite de pavés dissimulés sous une herbe qui eût été haute et envahissante si elle n'avait été fraîchement tondue.
Aux arrivants qui se succédaient rapidement dans la cour, il ne fallait guère de temps pour s'apercevoir que le cérémonial du barbecue était déjà largement entamé.
L'accueil était d'autant plus sympathique que des tables avaient été aménagées avec soin sous une bâche tendue judicieusement au-dessus des convives, histoire de parer à toute éventualité
météorologique.
Votre serviteur ne pouvait qu'apprécier le bon ordonnancement de l'endroit choisi, son expérience en la matière n'étant pas loin d'avoisiner les vingt années d'organisations successives.
Même notre vénéré président - tout de rouge vêtu - avait mis résolument la main à la pâte, se consacrant aux boissons avec le sérieux du plus expérimenté des sommeliers.
Timidement, le soleil apparut même quelques brefs instants, faisant naître des espoirs par la suite vite déçus.
Pendant ce temps, l'apéritif battait son plein.
Comme à leur habitude, les membres du groupe Lave s'étaient agglutinés, se racontant leurs dernières aventures.
L'expérience des nombreuses années précédentes aidant, votre serviteur aura d'ailleurs remarqué à propos des intéressés, qu'à force d'escalader ou de dévaler des pentes surchauffées par des
volcans en furie, certains d'entre eux semblent avoir développé une excellente descente....
Moi-même ayant renoncé depuis plus d'une décennie à toute boisson un tant soit peu fermentée, je ne pouvais que poursuivre ma tâche : photographier tout ce qui bouge.
Voire même immortaliser ce qui ne bouge pas...
Une occasion à ne manquer sous aucun prétexte !
(à suivre)
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