Grrrrr...
Je hais les fossiles !
Je déteste la Paléontologie.
Et que tous les géologues soient maudits jusqu'à la vingt-troisième génération !
Sauf ceux de Liège, évidemment...
Je hais aussi - davantage et par dessus tout - les météorologues.
Ceux-là sont toujours à vous expliquer en long et en large le temps qu'il a fait la veille, et à justifier dans la foulée l'excellente raison pour laquelle cela ne correspondait pas du tout
à ce qu'ils avaient prévu !
Mais il faut que je vous explique la raison de mon état d'âme.
J'avais décidé de retourner faire une petite prospection dans le port d'Anvers.
Certes, un certain Paléoman m'avait vanté les bienfaits de la bourse de Harelbeke, que j'avais visitée avec plaisir de nombreuses années auparavant.
Mais, sans revenir une fois encore sur le sujet, ce genre de manifestations ne m'attire plus que très relativement, pour goûter de l'ambiance et pour admirer quelques belles pièces,
voire pour acquérir un peu de matériel : quelques outils de dégagement ou autres supports métalliques pour mes boîtes Pétri, le cas échéant un nouveau marteau de géologue.
Autant dire qu'il n'y avait pas de quoi justifier le trajet, alors même que je n'avais pas daigné me rendre à celle du Cinquantenaire à Bruxelles.
Plutôt que de rejoindre cette bourse d'Harelbeke qui me paraissait bien lointaine, autant que de peu d'intérêt pour moi au vu de ce qui précède, j'avais pris le parti de faire une nouvelle
tentative de sortie, quitte à risquer ce refroidissement qui me... pend au nez, si je puis utiliser cette expression qui n'est pas dûe au seul hasard.
Mais j'avais tout prévu : le pull polaire et le tee-shirt soigneusement étalés devant le chauffage pour la nuit, le k-way séché depuis plusieurs jours et conscieusement roulé dans son
conditionnement habituel, les bottes dans le coffre de la voiture, sans négliger les piles de l'appareil numérique, le téléphone portable et le lecteur Mp3, tous longuement rechargés
pour être ensuite disposés bien en évidence, à côté des clefs de la voiture.
Toute cette mécanique bien huilée, issue de plus d'une décennie de prospections dans le port d'Anvers, était de nature à me mettre d'excellente disposition pour le dimanche.
Qui plus est : un jour de Saint-Nicolas, alors que j'avais aucun doute sur le fait d'avoir été très sage !
Cela sentait la découverte de l'année...
Le trajet du matin allait se dérouler sous une fine pluie, ce qui n'était pas de nature à m'émouvoir, puisque les prévisions météorologiques annonçaient que le temps allait changer, avec des
éclaircies de plus en plus larges pour l'après-midi.
Arrivé sur place, j'allais vite déchanter : non seulement j'avais immobilisé la voiture sous une pluie battante, mais je m'étais vite aperçu que mes vêtements préparés la veille étaient d'autant
plus secs que... je les avais oubliés à la maison.
Heureusement, le coffre de ma voiture contient d'ordinaire d'autres vêtements, dont un confortable manteau d'hiver et une épaisse chemise doublée de peau d'agneau, de sorte que je pouvais malgré
tout procéder raisonnablement à ma prospection, nonobstant ce petit coup d'adrénaline de dernière minute.
Quelques longues heures allaient se succéder ainsi sous le crachin, sans que votre serviteur ne découvre de pièces particulièrement intéressantes.
Je ne pouvais même pas trop me consoler par la pratique de la photographie, car l'humidité ambiante et le sable omniprésent - qui collait sur tout ce qu'il pouvait trouver comme support -
étaient de nature à me dissuader de trop exposer une mécanique aussi fragile, du moins tant que le besoin ne s'en présentait pas vraiment.
La nécessité impérieuse, suivez mon regard.
A ce propos, j'avais quasiment abandonné tout espoir d'entrer dans les annales de la Paléontologie, lorsque j'aperçus devant moi une silhouette familière.
Oui, je sais, ce n'est pas facile pour vous non plus : le choc assurément.
D'un peu plus près, peut-être ?
Il suffisait de demander.
A une dizaine de centimètres de là brillait également " de la dent", sans en être une autre.
Je sais que ce n'est pas évident sans la moindre échelle, mais je vais vous en fournir une de ce pas.
Euh, petit détail : dans un cas comme celui-là, on retire ses mitaines, c'est une question de décence.
De respect pour l'animal !
Quant à " l'autre ", sa nature ne semblait laisser que très peu de doute...
C'était sans contestation possible un fragment de la première...
Laquelle était un monstre atteignant à vue de nez les sept centimètres, mesurée selon les règles de l'art.
O rage, ô désespoir...
Pour autant qu'il eut fallu vérifier les conclusions qui précèdent, poser les deux pièces côte à côte permit de confirmer l'horrible diagnostic.
Nettoyés encore un peu plus et observés sous un autre angle, les deux fragments confirmèrent d'ailleurs toute leur complémentarité intrinsèque.
Faites chauffer la colle !
Sous réserve du résultat de l'opération délicate à effectuer dans un proche avenir, dont nous nous ferons certainement l'écho, il ne manquait en définitive qu'un gros morceau de racine.
Nul besoin de préciser que la décision a été prise de m'en retourner bientôt sur place, histoire de tamiser un bon mètre carré de sable, sur deux à trois centimètres de profondeur.
On ne sait jamais...
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