Si les paléontologues amateurs purent, pendant des décennies, pratiquer leur activité de recherche favorite dans les environs du port d'Anvers, c'est très certainement parce que les travaux
d'extension allaient bon train.
A cet égard, il suffirait de remonter à peine une grosse dizaine d'années pour se rendre compte à quel point les sites de prospection auront évolué, se succédant les uns aux autres à des cadences
variables selon les époques.
Alors qu'une période relativement faste exista au beau milieu des années quatre-vingt dix, au cours de laquelle une plaine momentanément abandonnée put être prospectée à souhait, le début du
nouveau millénaire fut marqué par un grand bouleversement, celui qui marqua le début des gigantesques travaux du Deurgangdock.
Après quelques opportunités qui furent créées par ces travaux eux-mêmes, les environs immédiats furent vite déclarés interdits et soigneusement pourvus de hautes clôtures, de sorte qu'ils
devinrent irrémédiablement inaccessibles.
Nos anciens sites de fouilles sont depuis lors hérissés de gigantesques grues, et l'impression est parfois surréaliste d'apercevoir, dépassant dans le lointain, les superstructures d'un gros
navire cargo amarré à l'endroit précis où nous jouions auparavant de la bêche et du tamis, dans des conditions météorologiques parfois dantesques.
Quoique le bétonnage de la zone ait progressivement réduit les terrains fossilifères comme une peau de chagrin, les chercheurs motivés s'évertuent encore et toujours à découvrir de nouveaux sites
de prospection, quitte à s'en aller sur l'autre rive de l'Escaut.
Dans ce contexte s'insère toute la polémique de la préservation du petit village de Doel, face à un projet d'extension encore plus imposant que le précédent, j'ai nommé le pharaonique
Saeftinghedock.
Malgré que le bien-fondé de la construction du Deurgangdock ait été contesté, il serait susceptible d'atteindre les limites de ses capacités avant une dizaine d'années, de sorte qu'une
mise en oeuvre de la nouvelle phase d'extension flotte dans l'air depuis longtemps, quoique la crise économique actuelle l'ait quelque peu mise en veilleuse.
En l'absence de toute nouvelle décision prises par les autorités flamandes, il n'en reste pas moins vrai qu'une partie du village est désertée et que le droit des habitants d'y résider a
même théoriquemnt cessé depuis le 31 août de cette année.
Outre les immeubles vendus ou expropriés et dont certains ont déjà été détruits au bulldozer, d'autres maisons ou fermes, parfois isolées à plus d'un kilomètre du village
lui-même, sont abandonnées et semblent attester d'un sort inéluctable.
Votre serviteur se sera un jour enhardi, profitant d'une porte principale restée ouverte, pour aller jeter un rapide coup d'oeil, sans aucune intention guidée par un quelconque voyeurisme
morbide, mais en quête de l'une ou l'autre photo originale.
Le résultat fut décevant, l'ambiance des lieux méritant sans doute d'être accentuée par le recours au noir et blanc.
Je vous en livre toutefois les quelques clichés.
Un hall d'entrée désormais silencieux :
Ce qui était probablement le salon.
Sans parler d'un véritable vandalisme, il faut constater que des inconnus auront " récupéré " le dallage, fait d'anciens carreaux de ciment, fort jolis dois-je d'ailleurs reconnaître, en
tout cas à en juger aux quelques débris qu'ils laissèrent sur place.
Vu dans l'autre direction, le hall est toujours aussi désertique.
Evidemment, on se saurait assez le répéter : des goûts et des couleurs...
L'arrière de l'immeuble était dans un état plus cahotique.
Derniers Commentaires