Je n'achète pas de fossiles...
" Par contre, il radote sérieusement ", penseront certains !
Ils n'auront certes pas tort, puisque cette affirmation sera déjà apparue à plusieurs reprises sur le présent site.
Toutefois, la nuance doit être faite, malgré qu'elle ne soit guère subtile.
Disons que je n'en ai plus acquis depuis de nombreuses années, la raison essentielle de ce désintérêt étant qu'une pièce achetée - aussi extraordinaire qu'elle soit - ne trouvera jamais, à mes
yeux, grâce semblable à celle que j'aurais découverte par mes propres moyens.
Nous laisserons une saine psychanalyse comme éventuel sujet d'une autre série d'articles.
Nul doute en effet qu'une étude sérieuse devrait être consacrée au seul spécimen connu de Carchadorias sp, mais c'est une entreprise d'envergure qui reste encore à accomplir, une tâche d'ailleurs peu enviable qui risque de rebuter les plus éminents spécialistes
en curiosités naturelles de tous poils.
MAIS !
La récente petite opération de nettoyage que j'ai entamée, malgré qu'elle nécessitera d'autres longues heures de travail, m'aura déjà permis de remettre la main sur des spécimens quasi oubliés,
dont j'avais fait l'acquisition en des temps plus reculés.
Car, si je n'achète pas - plus - de fossiles, et s'il est exact
que je ne nourris pas vraiment l'intention de m'en procurer de nouveaux, je m'aperçois que d'anciennes visites à l'une ou l'autre bourse - celle de Millau, dans le sud de la France, pendant
les grandes vacances, et celle du Cinquanteraire à Bruxelles, à la rentrée - m'avaient amené à emporter quelques pièces intéressantes. Certes, aucun fossile de très grande valeur, financière
ou paléontologique, mais le genre de spécimens courants dont l'intérêt est plutôt exemplatif, à défaut d'être exemplaire.
Pour celles et ceux qui auraient eu le courage de poursuivre leur lecture jusqu'ici - ce dont je les remercie vivement - j'avoue que toutes ces tirades étaient surtout destinées à vous
annoncer que j'ai retrouvé quelques dents de requin acquises voici bien longtemps, que j'ai photographiées dans le courant du mois passé, mais dont je n'avais pas encore eu l'opportunité de
publier les clichés.
Cette première série fait partie des grands " classiques ", tels que vous pouvez les rencontrer dans les bourses internationales, avec cette réserve que la prudence la plus extrême est de
rigueur pour ce genre d'achats, qui ne sont jamais exempts d'une légitime suspicion compte tenu de la propension qu'ont certains marchands à vous proposer des pièces trop belles pour être
vraies.
Sans oublier les innombrables dents de requins, souvent astucieusement cimentées sur des blocs pour former des amas aussi esthétiques que hautement improbables, qui ne sera jamais resté sceptique
devant des plateaux recouverts de trilobites d'origine marocaine, qui avaient en commun d'être complets mais semblaient pourtant d'espèces tellement différentes qu'elles en étaient parfois
rigoureusement incompatibles ?
Quant aux fossiles pétrifiés de " scorpions du désert ", ils n'amusent même pas les enfants en bas âge.
C'est dès lors avec toutes les réserves d'usage que je vous présente ces quelques dents du requin Otodus
obliquus, qui ne me semblent avoir subi qu'une restauration anecdotique, soit un léger colmatage.
Malgré ce qui précède, il subsiste l'impressionnante plastique de ces pièces, autant que le fantasme du paradis fossilifère qu'est le désert marocain.
Otodus obliquus, dent de requin, vue labiale, Eocène (Yprésien), Khouribga, Maroc
Plus grande largeur (racine ) : 50 mm
Plus grande hauteur : 49 mm
Cette espèce, considérée comme le descendant direct du requin Cretolamna appendiculata, serait par ailleurs elle-même l'ancêtre du Megasalechus megalodon, mais il
s'agit dans l'ensemble d'une matière extrêmement complexe, à propos de laquelle je me contenterai prudemment de vous renvoyer à toutes les études qui furent consacrées à la question.
Ce requin se déclinerait d'ailleurs dans des évolutions plus ou moins marquées, avec des formes très différentes (vraisemblablement des transitions), selon les variantes très notables au
niveau des cuspides, ainsi que la présence de dentelures, de sorte que nous contenterons sagement pour l'heure de vous faire apprécier l'esthétique générale.
Ainsi, celle de cette dent fortement pathologique :
Plus grande largeur (racine ) : 30 mm
Plus grande hauteur : 39 mm
Quant à celle-ci, c'est moins une pathologie qu'un curieux encroûtement d'une nature indéterminée.
Plus grande largeur (racine ) : 39 mm
Plus grande hauteur : 49 mm
Enfin, cette dernière dent de requin reste de loin la plus impressionnante, de par son extraordinaire tranchant, associé à des cuspides qui n'ont rien perdu de leur pointe acérée.
Un cauchemar...
Plus grande largeur (racine ) : 47 mm
Plus grande hauteur : 60 mm
Ainsi que signalé, quelques petites restaurations sont constatables, mais qui restent dans l'ordre du raisonnable.
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