J'avais trouvé voici quelques mois déjà une couche de sable fortement coquillier, dont l'examen m'avait donné toutes les indications
d'appartenir au Pliocène supérieur d'Anvers, soit aux - désormais célèbres - "sables d'Oorderen".
Tant la nature et que l'origine exactes d'une telle accumulation semblent difficile à déterminer, toute tentative d'explication qui me serait offerte par l'un ou l'autre amateur étant
d'ailleurs la bienvenue...
Cette couche est d'autant plus étonnante que ce type de sédiments est en principe caractérisé par une concentration de fossiles extrêmement faible, en tout cas par rapport au niveau du gravier
dit "de base" des sables du Kattendijk, qui appartiennent au Pliocène inférieur.
Contrairement à ce dernier, dans lequel les amateurs peuvent extraire de grandes quantités de dents et autres vestiges en l'espace d'une seule journée, les sables d'Oorderen ne peuvent en
principe être exploités que lorsqu'ils sont répandus sur de vastes étendues, qu'il convient de parcourir pendant de longues heures, de long et en large, afin d'y ramasser les pièces qui
auraient été dégagées non sans la complicité très active des éléments naturels, averses de pluie et rafales de vent par exemple.
A l'inverse, nombre de chercheurs passent des journées entières dans le gravier de base - Paleoman fait de mention de Flamands ou Hollandais qui prospectent même la nuit sous les lampes
-, restant pour ce faire au même endroit, au fond d'un trou d'excavation, afin de passer au crible les sédiments mis à jour. C'est un travail harassant, leurs tamis devant être constamment
remplis et secoués sans ménagement, ce qui est d'autant plus fastidieux qu'il n'existe pas toujours à proximité immédiate une poche d'eau qui eût pu rendre la chose plus aisée.
Étant donné la faible concentration en dents de requin des sables d'Oorderen, tenter l'aventure d'un tamisage de la couche repérée paraissait d'autant plus
déraisonnable.
Votre serviteur décida malgré tout d'y céder, en limitant toutefois le travail au simple grattage de la couche, dans l'espoir un peu fou de voir tomber au cours de
ce processus l'une ou l'autre pièce, appartenant par exemple à une espèce rare que nous ne nommerons pas, tant son identité va de soi...
En fin de compte, et avec le recul d'une bonne dizaine de journées de travail passées sur place, la récolte confirme ce qu'il fallait en penser : les belles dents sont tout ce qu'il y a de plus
rarissimes, seuls quelques chicots ayant été trouvés, qui étaient malheureusement très incomplets.
Cependant, sont à signaler dans cette forte concentration de coquilles quelques pièces intéressantes, dont une grande phalange de baleine, quelques ossements d'oiseaux, de même qu'une
impressionnante quantité de grosses boucles de raies, ainsi que deux vertèbres de cétacés sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir beaucoup plus longuement.
Seule exception à ce constat amer mais réaliste, cette journée ensoleillée au cours de laquelle une dent de requin tomba soudainement devant moi, dans un grand PLOP
qui passa même au travers de mon casque stéréo, en profitant sans doute d'une accalmie dans cette musique du Pink Floyd " live " qui m'accompagne invariablement tout au long des
sorties.
Qui irait douter du fait qu'il nous arrive de manger du sable ?
Isurus hastalis, dent de requin, Sables de l'Oorderen, Pliocène supérieur, Port d'Anvers, Belgique
Le résultat n'était pas à minimiser, s'agissant d'une dent inférieure dont on sait qu'elles sont plus rares à découvrir, appartenant à une espèce dont mon souhait -
parlons encore de rêve pour l'instant - serait de parvenir à reconstituer une mâchoire composite, qui serait issue exclusivement des sables dont question.
Isurus hastalis, dent de requin (inférieure), Sables d'Oorderen, Pliocène supérieur, Port d'Anvers, Belgique
45mm
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