Vous vous souvenez ?
Cela avait commencé sous un temps plus que médiocre et s'était poursuivi toute la journée sous les averses, qui m'avaient détrempé les os, à défaut d'avoir dès le départ endossé un vrai
imperméable.
L'après-midi touchait à sa fin, ce qui serait d'autant plus rapide qu'on se trouvait au milieu de l'hiver.
La moisson récoltée semblait confirmer que cette longue promenade de prospection serait ce qu'on pourrait appeler "un coup dans l'eau".
Toutefois, lors des dernières dizaines de mètres qu'il me restait de terrain favorable avant de regagner la voiture, je m'étais arrêté devant un petit objet coloré qui avait tout l'air d'une
déjection de chien, sous réserve de ce que l'habitude m'avait vite permis de m'apercevoir qu'il s'agissait d'un otolithe, élément de l'oreille interne de dauphin.
Pomatodelphis sp, otolithe de dauphin, sables de l'Oorderen, Pliocène supérieur, Port d'Anvers, Belgique
(détermination : thanks to Phil Fossil)
La taille du spécimen était impressionante, et allait même se révéler être la plus grande qu'il m'ait été donné de trouver jusqu'à présent.
C'était le genre de petite surprise de dernière minute qui sont de nature à susciter chez le chercheur un petit regain d'espoir, de sorte que, dans un dernier sursaut de motivation, je
décidai de ne pas m'en contenter mais au contraire de poursuivre, nonobstant mes vêtements dégoulinants, l'examen de cette portion de sédiments.
Quelques mètres plus loin, mon regard était à nouveau attiré par un curieux détail.
En matière de quête aux dents de requins fossiles, ce qui accroche souvent le regard est cette association contradictoire entre une masse sombre et granuleuse d'une part, et une matière lisse et
brillante de l'autre.
Respectivement la racine et la couronne.
Sur le moment, un rapide coup d'oeil jeté d'un peu plus près confirmait qu'il devait bien y avoir une dent, mais ce qui paraissait intéressant, c'était la grosseur de cette portion de racine qui
sortait des sédiments, qui semblait quelque peu disproportionnée, en tout cas par rapport à un spécimen d'une taille " moyenne ".
Il n'en fallait pas plus pour commencer à dégager délicatement la " chose ".
Oups ...
Vu l'accumulation de sable sur le spécimen, il était impossible de la situer plus avant, entre ces deux extrêmes que sont la " grosse pièce en très mauvais état, contrairement à ce que l'on
pouvait espérer mais on s'en contentera vu sa grande taille, ce qui n'est déjà pas si mal " et " la dent sinon de l'année du moins qui pourrait faire partie des
nominées "
Dans ces cas de figures, on retient son souffle, à défaut de quoi on risque de l'avoir coupé...
Que voilà en tout cas une forme générale plutôt sympathique !
Et le nettoyage rapide ne fit qu'augmenter les enchères...
Isurus hastalis, dent de requin (mâchoire supérieure), Sables de l'Oorderen, Pliocène supérieur, Port d'Anvers, Belgique
Les observateurs avertis auront remarqué que tant la taille que les plissures sont l'indication d'un individu âgé, les secondes étant ce que l'on peut appeler des indices de sénilité.
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