Vendredi 13 février 2009
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Je m'étais fait l'écho, voici quelque temps, d'une tentative hasardeuse de tamisage dans les sables d'Oorderen.
Une couche coquillière très compacte m'avait paru particulièrement attirante, qui paraissait pouvoir résulter d'une accumulation artificielle de sédiments (plus) lourds, un assemblage qui eût été
selon toute logique provoqué par les conditions de leur transport. ou de leur dépôt.
Après quelques séances de travail harassant, l'hypothèse se révéla peu concluante, seule l'une ou l'autre dent de requin endommagée étant récupérée, sous la réserve toutefois d'une
Isurus hastalis inférieure de toute beauté.
Mais nonobstant ce relatif échec, j'avais pu obtenir une moisson intéressante de coquilles diverses, de fragments osseux de mammifères marins - dont une grosse phalange de cétacé -,
sans négliger les innombrables boucles de raies.
La photo de la recette d'une de ces journées n'était finalement pas trop décevante.
Parmi l'un ou l'autre curiosité, j'avais ainsi trouvé quasi simultanément deux petites vertèbres, ce qui n'était pas pour déplaire, dans la mesure où elles sont très rares.
Toutefois, l'examen attentif de ces reliques me révéla une grosse surprise.
Un de ces deux fossiles, qui étaient tous deux certainement des vertèbres caudales d'un gros dauphin ou - plus vraisemblablement - d'une petite baleine, portait des traces bien inhabituelles et
d'autant plus étranges.
D'ordinaire, l'on peut s'attendre à ce que des vestiges fossiles, vieux de plusieurs millions d'années, nous parviennent plus ou moins endommagés, compte étant tenu moins de leur âge que des
conditions de leur extraction et de leur transport.
A l'évidence, les procédés de dragage du fond des docks dans le port d'Anvers, ainsi que le long voyage à grande vitesse dans les pipelines, au milieu de quantités d'autres débris, ne sont en
effet pas de nature à préserver l'intégrité des pièces.
Toutefois, les traces clairement visibles sur cette vertèbre caudale étaient interpellantes.
C'étaient des marques qui ressemblaient à deux grosses entailles, dont l'ancienneté ne semblait aucunement contestable, ce qui excluait tant des dommages infligés récemment, dans les
conditions décrites ci-dessus, de même qu'elles ne pouvaient provenir de l'un ou l'autre coup que j'aurais malencontreusement asséné au moyen de ma bêche ou de mon grattoir.
Un appel à expertise sur le site de Paleoman, mais également l'envoi des photos à mon ami le paléontologue franco-belge Jean-Loup Welcomme, vinrent confirmer tout le bien que je pouvais espérer
de la pièce : cette vertèbre portait des traces de prédation.
Des traces de dents.
Et de surcroît, d'un requin affichant des dimensions appréciables...
Je dois reconnaître que, préalablement à ma demande d'avis éclairés sur la question, j'avais déjà effectué quelques petites expériences, dont vous trouverez le compte rendu photographique
ci-dessous.
Ayant recours à une dent de requin de grande taille, j'avais procédé à des essais, m'apercevant que le tranchant d'une dent d' Isurus hastalis ou de Carcharodon carcharias
pénétrait parfaitement, aussi bien dans l'une que dans l'autre desdites encoches.
Autant l'on peut considérer que la tête désagrégeuse d'une drague est trop massive pour infliger ce genre d'entailles délicates, autant tout autre choc ultérieur au cours du transport ou de
l'excavation eût plus que vraisemblablement brisé la pièce, qui est une vertèbre minéralisée, ne l'oublions pas...
Quoi de plus naturel que d'imaginer un requin géant, Isurus hastalis ou Carcharodon carcharias, s'attaquant à un grand mammifère marin, petite baleine ou gros dauphin, vivant ou
à l'état de cadavre dérivant au gré des courants, en lui enfonçant ses puissantes mâchoires dans la queue ?
Considérant l'envergure d'un tel animal, et la force de pression desdites mâchoires, de même que le caractère extrêmement acéré de ses dents, il est aisé d'imaginer que ces dernières aient
pénétré dans les vertèbres de la proie en lui infligeant d'imposantes blessures.
Notons par ailleurs que la Paléontologie comporte de nombreux exemples similaires, à savoir des traces fossiles de prédation d'un animal sur un autre, des ossements de mammifères tels les
baleines étant ainsi connus pour attester d'une attaque de grand requin, en ce compris par le mythique Carcharocles megalodon.
Cette petite histoire pourrait en rester là, s'il n'était la conviction de votre serviteur - pur amateur rappelons-le - qu'elle pourrait présenter une dimension encore plus étonnante.
En effet, cette découverte d'une vertèbre n'était pas isolée, puisqu'elle s'accompagna d'une autre plus petite, une trouvaille qui survint quasi simultanément et dans les mêmes sédiments.
Considérant la rareté extrême de ce type de fossiles dans les sables de Kattendijk - ne parlons même pas des sables d'Oorderen ! - la probabilité que ces deux trouvailles soient liées me paraît
plus qu'envisageable.
En effet, à supposer que les sables prospectés aient été déposés en provenance de l'un ou l'autre dock situé à proximité, et ce malgré les aléas innombrables qui sont engendrés par ce genre de
transport, il me paraît de l'ordre du possible que les deux vertèbres proviennent d'un même animal fossilisé.
Ou à tout le moins d'une même partie d'un animal, à savoir les restes d'ossements de sa queue.
Présenté d'une autre manière, il semble peu crédible que deux vertèbres caudales d'un mammifère marin provenant des sables du Pliocène supérieur - chacune étant une pièce rarissime - puissent
être trouvées le même jour et dans les mêmes sédiments, tout en provenant de deux animaux totalement distincts.
Quoique cette dernière hypothèse ne soit évidemment pas à exclure, un détail me paraît intéressant, qui vient renforcer cette autre éventualité.
Examinons la seconde vertèbre, beaucoup plus petite que la précédente.
Elle ne possède à l'évidence aucune entaille ni encoche susceptible d'être clairement rapprochée avec les traces dont question dans les lignes qui précèdent.
Toutefois, des détails sont plutôt troublants : sur la partie plate de cette vertèbre sont clairement visibles cinq petits enfoncements, qui ont la particularité supplémentaire d'être
parfaitement rectilignes.
Ce qui amène votre serviteur à se poser cette question : pourrait-il également s'agir de traces de prédation ?
Sur les photos montrées ci-dessus, la dent représentée comme pouvant correspondre parfaitement aux entailles dans la grosse vertèbre était celle d'un Carcharodon carcharias, et non
d'un Isurus hastalis, la spécificité du premier étant évidemment de posséder une "sérulation", soit cette succession d'excroissances qui tranforment le tranchant lisse d'une dent en
l'équivalent plus redoutable d'un... couteau à steak.
De là à imaginer que cette seconde vertèbre porterait également des traces de prédation, celles-ci n'étant pas de profondes encoches, mais des marques de sérulation, comme si
ce fossile avait plutôt été "poinçonné", il n'y a qu'un pas, que votre serviteur propose de franchir.
Deux vertèbres fossiles d'un mammifère qui se serait fait bouffer par un Carcharodon carcharias.
Un Grand Requin Blanc....
On peut rêver, non ?
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