Coulouma au petit matin...
Le site du bout du monde !
Pour votre serviteur, il n'était pas loin de mériter cette appelation, tant l'endroit semblait calme et désertique.
Mais lorsque j'avais rejoint mon ami Jean-Jacques, j'étais sans doute resté trop préoccupé par mes derniers déboires, pour avoir pris à cette époque le moindre cliché des lieux.
Comme je m'en suis confié précédemment, n'étant à l'heure actuelle pas en mesure de numériser mes anciens négatifs, j'avais tenté de scanner quelques photos parmi celles qui me sont les plus
chères.
Toutefois, le résultat m'aura finalement paru d'une telle médiocrité que je me suis décidé à reprendre les albums, et à en réaliser des copies, photographiant mes... propres photos.
Quoiqu'elles n'affichent pas une qualité irréprochable, ces vues anciennes - que j'utiliserai ci-dessous - seront donc des illustrations provisoires, un pis-aller qui me paraît
pourtant indispensable, en vue d'atténuer quelque peu la sécheresse des textes.
Cette représentation du " site à trilobites " de Coulouma aura donc la double particularité d'être une photo numérique prise d'un cliché argentique, lequel aura quant à lui
seulement été réalisé l'année suivante, lors de mon second séjour sur place !
A l'impossible...
Après mon arrivée, nous avions longuement papoté, de tout et de rien, puis Jean-Jacques et moi avions sacrifié à un rituel incontournable, une petite séance de promenade et de prospection
matinale, histoire de se mettre en jambes.
Le site historique de Coulouma, c'était les schistes jaunes du Cambrien moyen, les plaques à grands Paradoxides, aux moyens Conocoryphes, et autres minuscules
Agnostides.
Jean-Jacques m'avait sommairement initié à la configuration des lieux, puis nous avions regagné nos voitures en vue d'établir notre plan de bataille.
La chose n'était pas sans importance car, pour des raisons d'engagements professionnels, mon séjour sur place allait être extrêmement limité, de l'ordre de deux à trois jours.
Ce n'était d'ailleurs pas un hasard, car j'avais redouté d'envisager dès le départ d'allonger ce qui, dans mon esprit, ne devait rester pour moi qu'une simple expérience, un saut de puce destiné
à rendre une courte visite de courtoisie à un ami, d'autant que les conditions dans lesquelles j'allais dormir - à même le siège du passager avant, à défaut d'avoir prévu autre
chose - m'incitaient à la prudence...
Mais quant au menu de la prospection et au contenu des journées, totalement novice dans la région, je ne pouvais que m'en remettre à mon guide !
En vieux routier de la paléontologie locale qu'il était, Jean-Jacques m'avait énuméré et longuement décrit les différents sites à trilobites susceptibles de faire l'objet de toutes
nos attentions. Outre Coulouma, il y avait celui de Ferrals-Les-Montagnes, auquel j'avais rendu une visite-commando l'année précédente, mais également Minerve, La Fraise, le Vieux Chemin de
Favayrolles, Vélieux, Saint-Cels, Le Berlou, Prades-Sur-Vernazobre, le Foulon, la Maurerie, la vallée du Landeyran, autant de noms fleuris qui sentaient encore l'aventure, après le long voyage
Terre-Lune que je venais d'accomplir.
S'agissant de noms de localités du Midi de la France que je ne connaissais pratiquement ni d'Eve ni d'Adam, je m'étais bien gardé d'émettre le moindre avis, a fortiori d'avancer une quelconque
préférence.
Par ailleurs, mon hôte avait commencé à émettre le souhait pressant de sacrifier à certains contingences matérielles, dont la moindre n'était pas le ravitaillement.
J'eus beau lui affirmer à cet égard que je m'étais amplement pourvu de provisions en conserves, lesquelles étaient à sa disposition, je n'avais pas trouvé de réponse à son besoin le plus
impératif et immédiat : s'en aller chercher du " paing ".
La chose était donc entendue : quoique le site de Coulouma serait notre "camp de base", nous devions redescendre dans la vallée.
De plus en plus inquiet face à la jauge de mon réservoir, dont le voyant de réserve avait commencé à rester constamment allumé, même en ligne droite, j'avais suivi cette monstruosité
automobile qui servait à mon ami de résidence pendant les deux mois de vacances.
Nous avions enjambé le Vernazobre pour ensuite filer dans la direction de Saint-Chinian, mais à l'entrée de la ville, contre toute attente, Jean-Jacques avait sans hésitation viré vers
la gauche, s'éloignant de cette station d'essence qui était celle de tous mes espoirs.
Direction : Cessenon-Sur-Orb...
Connaissait-il un autre point de ravitaillement sur la chaussée ?
Nous avions parcouru quelques kilomètres, lorsque mon guide avait à nouveau viré vers la gauche, nous amenant à passer une seconde fois le Vernazobre. Un brusque arrêt de sa voiture, juste après
le pont, ne lui servit alors qu'à m'annoncer que nous allions nous enfoncer dans les vignes dans la direction de La Maurerie.
J'avais eu beau avancer l'urgence qu'il y avait pour moi de refaire le plein de ma voiture, Jean-Jacques m'avait paru trop préoccupé pour répondre à mes suppliques : cela pouvait attendre.
L'important, c'était pour lui d'accéder au site qu'il cherchait à retrouver , celui des " trilos dorés ".
Contraint de prendre une nouvelle fois mon mal en patience, j'avais longuement suivi les bonbonnes, sur des chemins de moins en moins carrossables, avec en outre cette désagréable impression
naissante que mon guide hésitait de plus en plus, lui-même ne sachant plus très bien où nous étions.
Je n'allais pas tarder à en avoir la confirmation.
Jean-Jacques finit par s'arrêter brusquement, sortant de sa voiture pour prendre, sa carte au 25.000ème à la main, une pose qui en disait long et que votre serviteur eut la
réaction instinctive d'immortaliser sur la pellicule.
Cette photo allait devenir une de mes préférées.
Elle était tellement représentative de mon séjour que j'allais en faire réaliser un agrandissement, lequel trône au rez-de-chaussée, malgré que les rayons du soleil aient depuis
longtemps fait leur oeuvre en ternissant irrémédiablement ses couleurs.
L'ambiance y était tellement particulière - semble-t-il - qu'un ami venu effectuer quelques travaux d'isolation dans les combles allait par la suite se lancer dans une course éperdue à la
photographie artistique, en affirmant que c'était la vue de ce cliché qui l'avait décidé à se lancer dans l'aventure...
(à suivre)
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